Les incendies criminels perpétrés à Milwaukee, dans le Wisconsin, entre 2018 et 2019 ont fait entre autres deux chiens morts et plus de 50 000 $ de biens endommagés. Pour trouver les auteurs, des agents du Bureau of Alcohol, Tobacco, Firearms and Explosives (le service fédéral des États-Unis chargé de la mise en application de la loi sur les armes, les explosifs, le tabac et l'alcool et de la lutte contre leur trafic) ont exigé que Google fournisse des enregistrements des appareils des utilisateurs dans les emplacements respectifs au moment où les incendies ont eu lieu. Les demandes, décrites dans deux mandats de recherche, exigeaient de savoir quels clients Google spécifiques étaient situés dans des zones couvrant 29 387 mètres carrés (ou 3 hectares) pendant un total de neuf heures pour les quatre incidents distincts. À l'insu de nombreux utilisateurs de Google, s'ils ont « l'historique des positions » activé, leur localisation est stockée par la grande enseigne numérique dans une base de données appelée SensorVault. Toutefois, Google rend difficile le refus de cette option et de nombreux utilisateurs peuvent ne pas comprendre qu'ils l'ont déjà accepté. De plus, les appareils Android collectent par défaut de nombreuses autres données de localisation, et il est extrêmement difficile de se soustraire à cette collection.
Dans ce cas, Google a trouvé 1 494 identifiants d'appareil dans SensorVault, les envoyant au Bureau of Alcohol, Tobacco, Firearms and Explosives pour qu'il les passe au peigne fin. En termes de nombre, il s'agit d'une demande sans précédent pour cette forme de recherche. Elle illustre comment Google peut localiser un grand nombre de téléphones mobiles en peu de temps et remettre ces informations au gouvernement.
Ce type de mandat, appelé reverse location search warrant (lorsque la police recherche des informations sur tous les téléphones portables proches d'une scène de crime), est devenu de plus en plus courant ces dernières années. Plus de 20 mandats de ce type ont été accordés dans le Minnesota et au moins un cas similaire a été mis au jour en Caroline du Nord. Le plus controversé, la technique a été utilisée pour identifier les suspects après un rassemblement devenu une émeute Proud Boy au centre-ville de Manhattan l'année dernière.
Une technique qui ne fait pas nécessairement ses preuves
Dans chaque cas, la police ne recherchait pas l’emplacement d’un suspect spécifique (là où les normes habituelles de soupçon raisonnable s’appliquaient). Au lieu de cela, elle recueillait le nom de chaque personne qui se trouvait à proximité lorsqu’un crime a été commis. Pour les groupes de défense des libertés civiles, il s’agit d’un dépassement dangereux et potentiellement inconstitutionnel du pouvoir de la police. Mais ces préoccupations n’ont pas suffi à empêcher la police d'obtenir ces mandats lorsqu’ils piétinaient dans une affaire.
Le 13 octobre 2018, deux hommes sont entrés dans une banque du Great Midwest Bank dans un centre commercial en périphérie de Milwaukee. Ils étaient les deux premiers clients lorsque la banque a ouvert, à peine reconnaissables derrière des lunettes de soleil et une barbe épaisse, mais très vite, les employés de la banque ont compris ce qu’ils cherchaient. Un homme a sauté sur le comptoir et a sorti une arme de poing, jetant un sac à ordures pour que les caissiers le remplissent d'argent. Ils ont quitté la banque à 9 h 09, sept minutes seulement après leur entrée, avec leur sac plein d'argent, trois tiroirs dans le coffre-fort, ainsi que les clés.
En novembre 2018, après avoir eu du mal à retrouver ces voleurs, les agents fédéraux ont adressé un mandat de recherche à Google, demandant des données permettant d'identifier tout utilisateur de Google qui se trouvait à moins de 30 mètres de la banque pendant une demi-heure avant le vol. Ils cherchaient les deux hommes qui étaient entrés dans la banque, ainsi que le chauffeur qui avait débarqué et emmené l’équipage, et qui risquaient de se retrouver pris dans le même sac. Dans cette affaire, l’utilité de cette technique n’est pas claire. Lorsque les médias ont demandé à la division du FBI à Milwaukee si des accusations avaient été portées, les officiers ont déclaré que l'affaire était en cours et qu'ils ne pouvaient donc fournir aucune information supplémentaire. Plus...
La fin de cet article est réservée aux abonnés. Soutenez le Club Developpez.com en prenant un abonnement pour que nous puissions continuer à vous proposer des publications.