La plateforme Slack a fermé plusieurs comptes sans préavis
Pour, dit-on, se conformer à la loi US interdisant les échanges avec des pays

Le , par Olivier Famien, Chroniqueur Actualités
Slack est une plateforme de communication collaborative propriétaire ainsi qu’un logiciel de gestion de projets disponible au grand public depuis 2014. À son actif, Slack Technologies, l’entreprise éditrice de cette plateforme compte plus de 8 millions d’utilisateurs provenant de milliers d’entreprises. Un peu plus tôt cette année, l’entreprise a commencé à bloquer certains utilisateurs de sa plateforme sans un préavis adressés à ces derniers.

Les utilisateurs de certains pays se sont réveillé un matin de février et ont simplement constaté que leur compte avait été bloqué sur la plateforme. Après plusieurs grognes manifestées sur les réseaux sociaux, l’entreprise a donné cette explication sur Twitter : « Nous sommes désolés pour le retard. Slack respecte les sanctions du ministère du Commerce des États-Unis et, à ce titre, interdit toute utilisation non autorisée à Cuba, en Iran, en Corée du Nord, au Soudan, en Syrie et dans la région de Crimée ». Cette décision ne serait donc que la résultante des sanctions appliquées par le gouvernement américain à certains Etats. En effet, sur la page officielle du Bureau de l’industrie et de la sécurité (BRI), organe rattaché au ministère du Commerce américain, l’on peut lire ceci : « Le Bureau de l’industrie et de la sécurité (BRI) applique les sanctions imposées par le gouvernement des États-Unis à Cuba, à l’Iran, à la Corée du Nord, au Soudan et à la Syrie, en application du Règlement sur l’administration des exportations (EAR), soit unilatéralement, soit en application des résolutions du Conseil de sécurité des Nations Unies ».

Alors que l’on croyait ce chapitre clos, d’autres utilisateurs sur la même plateforme ont également vu leur compte être bloqué ces derniers jours. Cette fois, il ne s’agit plus d’utilisateurs vivant physiquement dans les cités plus haut et qui sont sous embargo des États-Unis, mais des utilisateurs affirmant résider dans des pays autres que ceux sous embargo américain. Sarah Shugars, une candidate au doctorat au Network Science Institute de la Northeastern University, a confirmé ces faits sur Twitter en déclarant que le compte d’un membre de son équipe vivant aux États-Unis depuis plus de 3 ans avait été désactivé sans avertissement. Un étudiant au doctorat d’origine iranienne du nom de Amir Omidi déclarant vivre au Canada sans amis iraniens s’est également offusqué de ce que son compte Slack avait été fermé. Étant donné qu’il vit au Canada et déclare ne pas travailler avec des Iraniens sur Slack, il se demande comme Sarah pour son amie, comment ont-ils été ciblés ?


Comme pour les premières désactivations de comptes, aucun avis n’a été envoyé aux utilisateurs. Après les différentes plaintes manifestées sur les réseaux sociaux, l’entreprise a donné l’information suivante aux plaignants : « Pour se conformer aux lois et réglementations en matière de contrôle des exportations et de sanctions économiques promulguées par le ministère américain du Commerce et le département américain du Trésor, Slack interdit l’utilisation non autorisée de ses produits et services dans certains pays et régions sanctionnés, notamment Cuba, l’Iran, la Corée du Nord, la Syrie et la région de Crimée en Ukraine. Nous avons identifié votre équipe/compte comme étant originaire de l’un de ces pays et le fermons immédiatement ».

Aussi, pour lever toute suspicion de ciblage ethnique, Slack aurait déclaré à un média que ses systèmes recherchent le point d’origine d’une adresse IP pour déterminer la localité de l’utilisateur. « Si nos systèmes indiquent qu’un propriétaire principal d’espace de travail a une adresse IP provenant d’un pays sous embargo désigné, tout l’espace de travail sera désactivé ». « Nous ne possédons aucune information sur la nationalité ou l’appartenance ethnique de nos utilisateurs. Si les utilisateurs pensent que nous avons commis une erreur en bloquant leur accès, veuillez contacter feedback@slack.com et nous examinerons le plus rapidement possible ».

Après avoir adressé plusieurs messages au support de Slack, Amir Omidi a reçu un courrier de l’entreprise lui présentant ses excuses tout en déclarant que la fermeture de son compte Slack était une erreur. Son compte a donc finalement été restauré.

Bien évidemment, cette action de Slack à suscité de vives réactions chez de nombreux utilisateurs. Mais pour certains intervenants, vu que c’est une exigence de la loi, il n’y a donc pas matière à condamner Slack. L'entreprise ne ferait que s'aligner sur la loi américaine. À ces propos, d'autres utilisateurs opposent le fait que si c’était une volonté de se conformer à la loi, pourquoi Google, Yahoo, Facebook ainsi que les autres plateformes ne font pas de même ?

Mise à jour du 24/12/2018

À la suite des nombreuses plaintes et mécontentements occasionnés par la désactivation des comptes Slack sans avertissement, l’entreprise a présenté ses excuses et procédé à un rétablissement des comptes qui avaient été bloqués par erreur. Aussi, pour rassurer les utilisateurs, le communiqué suivant a été publié :

Nous reconnaissons les perturbations et les inconvénients que cela a causés et nous nous excusons sincèrement auprès des personnes touchées par nos actes. En fait, nous nous excusons également auprès des personnes dont nous avions l’intention de désactiver les comptes afin de respecter ces règles. Nous n’avons pas bien géré la communication et dans les deux cas, nous n’avons pas respecté nos propres normes en matière de courtoisie et d’accent mis sur le client.

Nous n’avons bloqué aucun utilisateur en fonction de sa nationalité ou de son origine ethnique. Comme il est standard dans le secteur des logiciels d’entreprise, Slack utilise les informations de localisation principalement dérivées des adresses IP pour implémenter ces blocages requis. Nous ne recueillons, n’utilisons, ni ne possédons aucune information sur la nationalité ou l’ethnie de nos utilisateurs.

Nous avons rétabli l’accès à la plupart des comptes bloqués par erreur et nous travaillons d’arrache-pied pour restaurer tous les utilisateurs restants dont l’accès a été bloqué par erreur. Si vous pensez que nous avons commis une erreur en bloquant votre accès, veuillez contacter feedback@slack.com et nous l’examinerons dans les meilleurs délais.

Nous souhaitons également informer nos utilisateurs que, si nous continuons à mettre à jour nos systèmes au cours des prochaines semaines, nous commencerons bientôt à bloquer l’accès à notre service à partir des adresses IP associées à un pays sous embargo. Les utilisateurs qui se rendent dans un pays sanctionné peuvent ne pas être en mesure d’accéder à Slack tant qu’ils restent dans ce pays. Cependant, nous ne désactiverons pas leur compte et ils pourront accéder à Slack à leur retour dans des pays ou régions pour lesquels aucun blocage n’est requis.

Nous reconnaissons que nous avons commis plusieurs erreurs ici. Nos tentatives pour nous conformer à ces réglementations n’ont pas été bien mises en œuvre. Dans nos communications, nous n’avons pas traité nos clients et les autres utilisateurs avec le respect qu’ils méritent. Enfin, pressés de comprendre l’impact et de commencer le processus d’atténuation, nous avons tardé à communiquer sur ce qui se passait. À toutes les personnes concernées, nous nous en excusons. Nous prendrons les échecs ici comme leçons que nous pouvons utiliser pour améliorer notre service et éviter des erreurs similaires à l’avenir.
Source : The Hill, Amir Omidi sur Twitter, Sarah Shugars sur Twitter, Communiqué de Slack

Et vous ?

Quel est votre avis sur ces fermetures de comptes sur Slack ?

Pensez-vous que l’entreprise Slack ne fait que se conformer à la loi en fermant ces comptes ?

Ou existe-t-il selon vous d’autres motifs soutenant ces fermetures de comptes ?

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Avatar de kilroyFR kilroyFR - Membre éclairé https://www.developpez.com
le 24/12/2018 à 8:10
Jamais compris pourquoi ce logiciel etait a la mode. Une ergonomie tres bizarre avec un fil des messages difficile a suivre.
Avatar de mm_71 mm_71 - Membre chevronné https://www.developpez.com
le 24/12/2018 à 15:56
Pensez-vous que l’entreprise Slack ne fait que se conformer à la loi en fermant ces comptes ?
Je ne sais trop ce que dit la loi US mais si une entreprise privée peut se permettre de dire la loi, juger et condamner sans aucune forme de procès ça devient inquiétant, d'autant plus que ce n'est pas nouveau comme connerie.
Quelques exemples en vrac:

https://blogs.mediapart.fr/pizzicala...ique-le-blocus
http://bolivarinfos.over-blog.com/20...ac-cubain.html
https://actualite.housseniawriting.c...ot-cuba/17521/

 
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