L'informatique quantique et l'IA sont une « menace grandissante » pour la sécurité nationale des USA
Estime la Communauté de renseignement du pays

Le , par Bill Fassinou, Chroniqueur Actualités
Avec les avancées technologiques dans le secteur des processeurs quantiques, certaines personnes ont estimé que les clés de sécurité (algorithmes de chiffrement) du web par exemple pourraient être déchiffrées beaucoup plus vite que prévu. En général, le chiffrement moderne repose sur le principe de factorisation en nombres premiers. Pour les cryptologues, cette méthode s’avère intéressante, car pour deux nombres premiers donnés, quelle que soit leur taille, les multiplier ensemble pour trouver leur produit est facile. Mais l’inverse, trouver les facteurs premiers de ce nombre est difficile et devient rapidement plus difficile à mesure que le nombre à factoriser augmente. Jusqu’à présent, aucun moyen rapide pour résoudre le problème des facteurs premiers n’a pu encore être trouvé. Mais ce n’est pas pour autant que l’on pourrait dire qu’il n’est pas possible d’en concevoir.

Récemment, le gouvernement des États-Unis d’Amérique a estimé que l'informatique quantique, l'intelligence artificielle et l'Internet des objets représentent une « menace grandissante » pour sa sécurité nationale. Il a été demandé à plusieurs agences clés du secteur du renseignement américain quelles étaient, à leur avis, les menaces à long terme auxquelles le pays serait confronté au cours de la prochaine décennie et au-delà. Les technologies agnostiques telles que le cryptage, les systèmes autonomes et sans pilote, l'IA et l'informatique quantique figurent en tête de la liste des préoccupations des agences, craignant qu'elles ne soient utilisées pour causer du tort plutôt que pour faire avancer la société. Bien que toutes puissent être utilisées à bon escient pour sécuriser les données, pour arpenter une zone dangereuse ou simplement pour gagner du temps et de l’argent, le gouvernement américain estime que toutes ces technologies peuvent avoir des effets désastreux si elles sont exploitées par un adversaire.

« Ce sont des technologies qui peuvent être développées par les gouvernements ou le secteur privé à des fins bénignes ou bénéfiques, mais qui peuvent avoir une application à double usage. Par exemple, dans les mains d’un adversaire, ces technologies peuvent poser un risque pour les États-Unis. Les responsables de l'agence ont identifié des exemples tels que les véhicules sans pilote, l'intelligence artificielle et les technologies de cryptage », déclare le Government Accountability Office (GAO), l'organisme d'audit, d'évaluation et d'investigation du Congrès des États-Unis.


En ce qui concerne l'intelligence artificielle, le Government Accountability Office estime que des personnes mal intentionnées pourraient y avoir un meilleur accès grâce à des concepts abordables utilisés dans le secteur commercial et pourraient l'appliquer à des domaines tels que les armes et la technologie. Il estime également que « des communications quantiques pourraient permettre [aux ennemis] de développer des communications sécurisées que le personnel américain ne serait pas en mesure d'intercepter ou de décrypter ». Pour l'internet des objet, « les États-Unis risquent de rencontrer des difficultés pour protéger leurs réseaux et leurs données à mesure que l'IdO se développe et que les approches traditionnelles en matière de sécurité (cryptage, par exemple) risquent de ne plus protéger efficacement les informations. Les pirates pourraient également perturber les infrastructures critiques liées à l'IdO ».

Pour le Government Accountability Office, « les pirates développent des capacités autonomes capables de reconnaître les visages, de comprendre les gestes et de faire correspondre les voix du personnel américain, ce qui pourrait compromettre les opérations américaines. Des véhicules terrestres, sous-marins, aériens et spatiaux non habités peuvent être utilisés pour le combat et la surveillance ».

Les agences de renseignement américains estiment que leurs rivaux « élaborent de nouvelles politiques, stratégies, doctrines et tactiques politiques et militaires pour faire avancer leurs intérêts. Ces activités peuvent ou non avoir pour but de nuire aux États-Unis et à leurs intérêts en matière de sécurité nationale ». Les responsables de l’agence ont cité des exemples tels que la Chine qui serait « en train de mobiliser ses ressources diplomatiques, économiques et militaires pour faciliter sa montée en tant que puissance régionale et mondiale. Cela pourrait remettre en cause l’accès des États-Unis aux domaines aérien, spatial, du cyberespace et maritime. L’utilisation du cyberespace et de la guerre électronique par la Chine pourrait avoir une incidence sur divers systèmes et opérations des États-Unis ».


Ils ont aussi donné l'exemple de la Russie qui augmenterait « sa capacité à défier les États-Unis dans plusieurs domaines de la guerre, notamment en tentant de lancer des attaques énergétiques dirigées par ordinateur contre des ressources militaires américaines. La Russie accroît également sa présence militaire et politique dans des endroits clés du monde entier ». L’Iran aussi serait en train d’accroître « son influence en augmentant la taille et les capacités de son réseau de forces militaires, de renseignement et de substitution, tout en intensifiant les activités économiques dans d’autres régions du monde. L'Iran continuera probablement également à développer ses capacités militaires, notamment en développant une technologie pouvant être utilisée pour les missiles balistiques intercontinentaux et en améliorant ses opérations offensives dans le cyberespace ».

« Ces menaces constituent par nature une menace sérieuse en ce sens que ces infrastructures militaires pourraient être utiliser pour infliger des dommages aux États-Unis ou à leurs intérêts en matière de sécurité nationale », estiment les agences gouvernementaux. Du point de vue des États-Unis, ces armes ne peuvent être utilisées de manière bénéfique ou sans danger. Les responsables des agences ont identifié des exemples tels que des missiles hypersoniques, des agents pathogènes sous forme d’armes ou des avions furtifs.


Rappelons qu'un rapport publié par les académies nationales américaines des sciences, de l'ingénierie et de la médecine a indiqué qu'il est nécessaire d'accélérer les préparatifs en prévision du temps où des ordinateurs quantiques ultra-puissants pourront faire craquer des défenses de chiffrement classiques. Les experts qui ont rédigé le rapport publié il y a quelques jours ont déclaré que l'adoption généralisée du chiffrement résistant aux quantiques « sera un processus long et difficile qui ne pourra probablement pas être achevée en moins de 20 ans ».

Il est possible que des machines quantiques extrêmement performantes apparaissent bien avant, et si les pirates parviennent à les avoir, cela pourrait être un cauchemar pour la sécurité et la confidentialité. Les cyberdéfenses actuelles reposent largement sur le fait qu'il faudrait un temps presque inimaginable aux supercalculateurs classiques les plus puissants pour démêler les algorithmes de chiffrement qui protègent nos données, nos réseaux informatiques et autres systèmes numériques. Mais les ordinateurs qui exploitent les bits quantiques, ou qubits, promettent d’apporter des gains exponentiels en termes de puissance de traitement qui pourraient casser le meilleur système de chiffrement aujourd’hui.

Le rapport cite un exemple de chiffrement qui protège le processus d'échange de clés numériques identiques entre deux parties, qui les utilisent pour déchiffrer des messages sécurisés échangés. Un ordinateur quantique puissant pourrait déchiffrer RSA-1024, une défense algorithmique populaire pour ce processus, en moins d’une journée. Selon les experts américains, de telles machines, qui nécessiteraient quelques milliers de qubits feront probablement leur apparition dans une dizaine d'année.

William Oliver, professeur de physique au MIT et membre du groupe qui a produit le rapport, a noté que les gouvernements et les entreprises telles que les banques qui protègent souvent leurs données pendant des décennies doivent donc penser maintenant aux menaces futures potentielles pour le chiffrement qu’ils utilisent. Scott Totzke, PDG d’Isara, une start-up qui développe des solutions cryptographiques à l’épreuve des quantiques, dit que les constructeurs automobiles s’intéressent vivement aux risques liés aux logiciels utilisés dans les voitures connectées et autres véhicules nécessitant de nombreuses années de routes.

Source : US Government Accountability Office

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Avatar de Aiekick Aiekick - Membre chevronné https://www.developpez.com
le 15/12/2018 à 17:08
pour la sécurité du monde, pas que les USA.
Avatar de tanaka59 tanaka59 - Membre éprouvé https://www.developpez.com
le 15/12/2018 à 19:25
Bonsoir

" L'informatique quantique et l'IA sont une « menace grandissante » pour la sécurité nationale des USA " .

Paradoxalement les USA en ont le plus avec des sociétés genre IBM,Google, Facebook, Twitter, Microsoft, Apple, Oracle , Intel, Atos , Amazon ... d'un autre côté les USA se plaignent d'en avoir trop et du danger que cela représente . Chercher l'erreur !

Peur que leur propres armes se retournent contre eux ?

Évidement les chinois avec Alibaba, Tencent, Baidu et les russes Yandex, Kontacty , Ozon ripostent à leur tour !

 
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