Trolldi : et si le rôle de la chance dans le succès était beaucoup plus important que nous ne le pensions ?
C'est ce que suggère une étude

Le , par Stéphane le calme, Chroniqueur Actualités
Quelle importance accordez-vous à la chance dans le succès ?
Que faut-il pour réussir ? Une question à l’apparence anodine, mais que vous vous êtes probablement posée plusieurs fois, que ce soit pendant vos études, pendant que vous recherchiez un emploi ou même pendant que vous exerciez déjà un métier.

Lorsque vous parcourez les bibliothèques, les forums ou même lorsque vous interrogez des personnes ayant réussi (ou simplement des aînés, pourquoi pas ?) vous obtenez des réponses mettant sur scène des caractéristiques personnelles (talent, compétence, force mentale, travail acharné, ténacité, optimisme, etc.) ou l’intelligence émotionnelle.

Mais bien sûr, la réussite n’est pas un objectif qui peut se limiter à des caractéristiques psychologiques. En effet, certaines études et livres ont suggéré que la chance et l'opportunité pourraient jouer un rôle bien plus important dans de nombreux domaines, y compris la finance, les affaires, le sport, l'art, la musique, la littérature et la science. Leur argument n'est pas que la chance seule suffit, bien entendu, le talent compte également. Ce que ces différentes conclusions suggèrent est qu’en nous focalisant uniquement sur les caractéristiques personnelles à développer nous pouvons passer à côté de pièces importantes qui constituent le chemin vers la réussite.

Mais alors, est-ce que les personnes qui ont connu du succès sont également les personnes les plus chanceuses de notre société ?

Pour tenter de faire la lumière sur cette question plutôt difficile, les physiciens italiens Alessandro Pluchino et Andrea Raspisarda se sont associés à l'économiste italien Alessio Biondo afin d’essayer de quantifier le rôle de la chance et du talent dans des carrières réussies.

Dans leur travail antérieur, ils ont mis en garde contre une « méritocratie naïve », dans laquelle les gens ne parviennent pas à donner des honneurs et des récompenses aux personnes les plus compétentes en raison de leur sous-estimation du rôle de l’aléatoire parmi les éléments déterminants du succès. Pour capturer formellement ce phénomène, ils ont proposé un « toy mathematical model » simulant l'évolution des carrières d'une population collective sur une vie de travail de 40 ans (de 20 à 60 ans).

Dans la modélisation de la physique, un « toy model » est un modèle délibérément simpliste avec de nombreux détails supprimés de sorte qu'il peut être utilisé pour expliquer un mécanisme de manière concise. Il est également utile dans une description du modèle plus complet. Lorsque cela s’applique aux modèles mathématiques, cela se fait généralement en réduisant le nombre de champs/variables ou en les restreignant à une forme symétrique particulière.

Les chercheurs italiens ont placé un grand nombre d'individus hypothétiques (« agents ») avec différents degrés de « talent » dans un monde carré. Ils ont défini le talent comme étant un ensemble de caractéristiques personnelles permettant à une personne d'exploiter des opportunités (événement chanceux, dans le cas d’espèce). Le talent peut inclure des traits tels que l'intelligence, la compétence, la motivation, la détermination, la pensée créative, l'intelligence émotionnelle, etc.


Configuration initiale des simulations (N = 1000 agents)

Tous les agents ont commencé la simulation avec le même niveau de succès (10 « unités »). Tous les six mois, les individus étaient exposés à un certain nombre d'événements chanceux (en vert) et à un certain nombre d'événements malchanceux (en rouge). Chaque fois qu'une personne rencontrait un événement malchanceux, son succès était réduit de moitié et chaque fois qu'une personne rencontrait un événement chanceux, son succès doublait proportionnellement à son talent (pour refléter l'interaction réelle entre le talent et l'opportunité).

Qu'ont-ils trouvé ? Tout d’abord, ils ont reproduit le fameux « principe de Pareto », qui prédit qu'un petit nombre de personnes finiront par atteindre le succès de la majorité de la population (Richard Koch l'appelle le « principe du 80/20 »). Dans le résultat final de la simulation de 40 ans, alors que le talent était normalement distribué, le succès ne l'était pas. Les 20 personnes les plus performantes détenaient 44 % du total des succès, tandis que près de la moitié de la population était en dessous des 10 unités de succès (qui, rappelez-vous, était le nombre d’unités distribuées au départ).

Bien qu'une répartition aussi inégale puisse sembler injuste, elle pourrait être justifiée s'il s'avérait que les personnes les plus performantes étaient en effet les plus douées/compétentes. Alors qu'est-ce que la simulation a trouvé ? D'une part, le talent n'est pas sans rapport avec le succès. En général, ceux qui avaient le plus de talent avaient plus de chances d'accroître leur succès en exploitant les possibilités offertes par la chance. En outre, les agents les plus performants étaient pour la plupart au moins talentueux. Donc le talent comptait.

Cependant, le talent n'était certainement pas suffisant, car les individus les plus talentueux étaient rarement les plus performants. En général, les gens médiocres, mais chanceux ont eu beaucoup plus de succès que les individus plus talentueux, mais malheureux. Les agents les plus performants ont tendance à être ceux qui ne sont que légèrement supérieurs à la moyenne en talent, mais avec beaucoup de chance dans leur vie.

Les chercheurs sont allés encore plus loin dans leur expérience et se sont également intéressés à la manière la plus effective de distribuer des récompenses, mais aussi l’impact que peut avoir le milieu dans lequel évoluent les agents s’ils se trouvent dans un milieu avec plus ou moins d’opportunités.


Évolution du succès pour la personne connaissant le plus de succès celle qui le connait le moins dans l'une de leurs simulations

Comme vous pouvez le voir, la personne qui a eu beaucoup de succès (en vert) a eu une série d'événements très chanceux dans sa vie, alors que la personne qui en a connu le moins (en rouge – et qui était encore plus talentueuse que l'autre) avait un nombre incroyable d'événements malchanceux. Comme le notent les auteurs, « même un grand talent devient inutile contre la furie du malheur. »

Conclusion générale

Les résultats de cette simulation, qui viennent s'ajouter à un nombre croissant d'études basées sur des données réelles, suggèrent fortement que la chance et l'opportunité jouent un rôle sous-estimé dans la détermination du niveau final de réussite individuelle. Comme le soulignent les chercheurs, étant donné que les récompenses et les ressources sont habituellement accordées à ceux qui sont déjà très récompensés, cela entraîne souvent un manque d'opportunités pour les personnes les plus talentueuses (c’est-à-dire les personnes qui ont le plus de potentiel de bénéficier réellement des ressources) et cela ne tient pas compte du rôle important de la chance, qui peut émerger spontanément tout au long du processus créatif.

Les chercheurs soutiennent que les facteurs suivants sont importants pour donner aux gens plus de chances de succès : un environnement stimulant riche en opportunités, une bonne éducation, une formation intensive et une stratégie efficace pour la distribution des fonds et des ressources. Ils soutiennent que pour ce qui concerne la macro de l'analyse, toute politique qui peut influencer ces facteurs se traduira par un plus grand progrès collectif et l'innovation pour la société (pour ne pas mentionner l'immense réalisation de soi d'un individu en particulier).

Sources : Scientific American, Toy model

Et vous ?

Pensez-vous avoir eu de la chance ou pas dans votre carrière ? Pouvez-vous partager vos expériences et anecdotes sur ce sujet  ?

Voir aussi :

Trolldi : une brève histoire totalement exacte des langages de programmation, qui est complètement inspirée de faits
Trolldi : Alexa et Siri parmi les femmes les plus célèbres dans le domaine de la tech, aux yeux des consommateurs américains
Trolldi : des employés d'Apple blessés après avoir foncé dans les murs de verre trop transparent de l'Apple Park, le nouveau campus géant de la firme


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Avatar de Anselme45 Anselme45 - Membre confirmé https://www.developpez.com
le 20/04/2018 à 10:10
Inutile dans faire le trolldi du vendredi...

Tous les entrepreneurs à succès qui n'ont pas définitivement sombré dans l’égocentrisme et le narcissisme profond vous le diront: Ils ont eu de la chance!

D'ailleurs, il suffit d'analyser le début des vieilles gloires du numérique comme Bill Gates ou Steve Jobs pour s'en convaincre. Ils ont eu une succession de coups de chance qui leur ont permis de réussir.

Ce qui n'empêche pas qu'ils ont dû avoir des qualités pour exploiter ces chances et réussir, mais des mecs avec des qualités bien supérieures à eux qui n'ont pas eu ces chances... et qui n'ont pas eu leur succès, le monde en est rempli.
Avatar de Neckara Neckara - Expert éminent sénior https://www.developpez.com
le 20/04/2018 à 13:13
Cette étude ne peut prétendre à conclure sur le réel, sinon elle tomberait dans une tautologie.

Pour en revenir à la chance, déjà qu'est-ce que "la chance" ?

Pour réussir il faut provoquer "sa chance", il faut arriver à saisir les opportunités qui nous sont offertes, il faut arriver à rebondir en cas d'échec, etc. Même en considérant la chance comme un facteur nécessaire, elle n'en est pas pour autant un facteur suffisant. Notamment certaines compétences, comme l'entretient d'un réseau, le bon comportement, conditionnent la réussite, bien que n'étant pas nécessairement des compétences "techniques" ou très reconnues.

Or on peut être amené à assimiler les conséquences de ces compétences à la chance, notamment car leur cause peut nous être très floue. Il est ainsi possible qu'une bonne part de la "chance" ne soit que les conséquences cachées de compétences que nous mésestimons.

La définition de la réussite ainsi que son niveau se pose aussi. Si dans les domaines ultra-compétitifs avec des profils très similaires la chance peut jouer (e.g. tirage au sort comme moyen de choisir), ce n'est peut-être moins le cas pour des domaines à profils plus variés.

N'oublions pas aussi qu'il y a un effet de seuil, si la chance compte pour 2% et le reste pour 98%, si on se retrouve avec des profils qui ont le reste identique, la seule chose variant est la chance, donc tout ce jouera dessus. La chance étant alors un paramètre discriminant permettant de sélectionner le candidat.

Bref, il y a beaucoup de choses à dire sur le sujet.

Trolldi oblige, n'oublions pas que si la chance permet de réussir, rien ne vaut de coucher .
Avatar de Mingolito Mingolito - Membre extrêmement actif https://www.developpez.com
le 20/04/2018 à 13:18
Citation Envoyé par Anselme45 Voir le message
D'ailleurs, il suffit d'analyser le début des vieilles gloires du numérique comme Bill Gates ou Steve Jobs pour s'en convaincre. Ils ont eu une succession de coups de chance qui leur ont permis de réussir.
Ça c'est des balivernes, c'était simplement des génies talentueux et travailleurs. Dire que leur réussite serait sois disant du à la "chance" c'est juste des propos de jaloux et de bons à riens.

Avatar de sergio_is_back sergio_is_back - Membre éprouvé https://www.developpez.com
le 20/04/2018 à 14:02
Citation Envoyé par Neckara Voir le message
Pour en revenir à la chance, déjà qu'est-ce que "la chance" ?

Pour réussir il faut provoquer "sa chance", il faut arriver à saisir les opportunités qui nous sont offertes, il faut arriver à rebondir en cas d'échec, etc. Même en considérant la chance comme un facteur nécessaire, elle n'en est pas pour autant un facteur suffisant. Notamment certaines compétences, comme l'entretient d'un réseau, le bon comportement, conditionnent la réussite, bien que n'étant pas nécessairement des compétences "techniques" ou très reconnues.
Tout à fait. Je dirai qu'il existe plusieurs "types" de personnes :

- ceux qui ont un esprit ouvert et "saisissent" les opportunités (les bras tendus, les "aventures technologiques", etc...)
- ceux qui ont un esprit fermé et méprisent tout ce qui sort tant soit peu de leur compétence
- ceux qui aiment rester dans "une zone de confort" et font tout ce qui possible pour ne rien changer...
- ceux qui aimeraient mais n'osent pas pour diverses raisons (peur de déplaire, manque de confiance en soi, etc)...

... etc....

Ce qui n'empêche pas que dans toutes les catégories que j'ai cité on trouve des bosseurs acharnés, mais certains réussirons plus que d'autres

Et puis comme c'est si bien dit : Il faut commencer par définir clairement ce qu'est la chance... Et qu'est ce que la réussite (Je pense que là aussi
chacun peut avoir sa propre définition)
Avatar de sinasquax sinasquax - Membre régulier https://www.developpez.com
le 20/04/2018 à 16:15
Citation Envoyé par Neckara Voir le message
Pour réussir il faut provoquer "sa chance"
Allez dire ça à une personne qui est née avec une maladie rare.

Même si c'est un exemple extreme, il ne faut pas sous-estimer le pouvoir de la chance / malchance.
La chance ne se provoque pas mais par contre une fois qu'elle se présente il faut savoir en tirer parti.

Il ne faut pas compter sur la chance pour mener à bien des projets mais malheureusement il faut faire avec la malchance qui est souvent présente (pour ma part).

Par exemple, imaginez que vous ayez une idée révolutionnaire et que vous travaillez dessus une ou plusieurs années et qu'au moment de sortir le projet, quelqu'un sort un projet similaire un ou 2 jours avant le vôtre.
Ou bien vous réalisez un film sur une histoire assez tragique et qu'au moment de le sortir, un événement similaire à votre histoire survient et que par respect pour les victimes vous ne pouvez pas sortir votre film.

Ce ne sont que de bêtes exemples mais je peux vous assurer que la malchance est puissante et qu'elle peut vraiment ruiner la vie même de personnes optimistes.
Avatar de Saverok Saverok - Expert éminent https://www.developpez.com
le 20/04/2018 à 16:35
Comme dit par beaucoup, lorsque la chance survient, il est indispensable de savoir la voir et la saisir comme il se doit et ça, c'est un talent / compétence.
Du coup, est-ce vraiment la chance ou de l'opportunisme ?
Avatar de JackIsJack JackIsJack - Membre habitué https://www.developpez.com
le 20/04/2018 à 18:26
Juste un com pour dire que j'aime beaucoup cette thématique d'article mélangeant la logique informatique appliquée aux sciences sociales
Avatar de Neckara Neckara - Expert éminent sénior https://www.developpez.com
le 20/04/2018 à 18:44
Citation Envoyé par sinasquax Voir le message
Allez dire ça à une personne qui est née avec une maladie rare.
Tu tentes d'atteindre le point Godwin ?

Citation Envoyé par sinasquax Voir le message
La chance ne se provoque pas mais par contre une fois qu'elle se présente il faut savoir en tirer parti.
Un exemple tout con :

Tu as 1% de chance de prendre l’ascenseur en même temps que monsieur X, et ainsi avoir l'occasion de lui parler de tes projets.
Mais tu peux aussi attendre patiemment dans le hall attendre que monsieur X arrive et entrer dans l'ascenseur avec oui. Ou prendre 30 fois l'ascenseur de suite pour avoir plus de chances de l'avoir.

Tu as 20% de chances d'être sélectionné pour un job, tu peux aussi de part certaines actions les augmenter en montrant ton intérêt et en parlant "par hasard" à certains employés.

Bref oui, ta "chance" (notez bien les guillemets), tu peux la provoquer. Et c'est toujours plus efficace que de l'attendre.

Citation Envoyé par sinasquax Voir le message
Par exemple, imaginez que vous ayez une idée révolutionnaire et que vous travaillez dessus une ou plusieurs années et qu'au moment de sortir le projet, quelqu'un sort un projet similaire un ou 2 jours avant le vôtre.
Pourquoi serait-ce de la malchance ?

Ceci peut déjà être dû à un manque de compétence en veille, en protection de sa propriété intellectuelle/marquage de l'antériorité, et en vitesse/efficacité.

Citation Envoyé par sinasquax Voir le message
Ou bien vous réalisez un film sur une histoire assez tragique et qu'au moment de le sortir, un événement similaire à votre histoire survient et que par respect pour les victimes vous ne pouvez pas sortir votre film.
Et bien transforme-le en hommage, joue sur la com', modifie certaines scènes en post-prod. Bref, démontre des capacité d'adaptation et de communication pour te tirer d'affaire et en tirer profit.

C'est un peu trop facile d'externaliser les échecs et de les attribuer à la "malchance".
Avatar de toumic toumic - Membre éclairé https://www.developpez.com
le 21/04/2018 à 8:56
La chance qui est avec nous est celle qui nous accompagne, ou mieux c'est notre espérance de vie.

Savoir "chancer" sur certaines musiques, dépend du bal de "chance"
Certaines salles de "chances" sont déjà ouvertes, le seul problème c'est qu'il faut être sociable à 100%

C'est fatigant d'avoir de la chance 24/24 7/7 ???
Avatar de Madmac Madmac - Membre éclairé https://www.developpez.com
le 22/04/2018 à 2:30
Mingolito -
Ça c'est des balivernes, c'était simplement des génies talentueux et travailleurs. Dire que leur réussite serait sois disant du à la "chance" c'est juste des propos de jaloux et de bons à riens.
Tu iras dire cela à tous les créateurs de logiciels qui se sont fait voler par Microsoft. Il y a de bonnes raisons pour laquelle il y a plus de virus pour les produits Microsoft que n'importe quel programme. La majorité des applications que tu trouve dans le répertoire accessoire n'ont pas été inventé par Micro$oft.
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