Une société de recrutement raconte l'histoire d'ingénieurs rejetés malgré leur bon profil
Pour des raisons autres que leurs performances

Le , par Stéphane le calme, Chroniqueur Actualités
Dans le monde professionnel, il est courant de voir les demandeurs d’emploi se blâmer s’ils n’obtiennent pas un poste, certains vont même jusqu’à remettre en cause leurs compétences. Cependant, Irwan, un développeur qui est à la tête d’une société de recrutements, explique que des facteurs aléatoires peuvent jouer un rôle important dans la décision de vous embaucher ou non. Il a raconté quatre histoires qu’il a vécues lorsqu’il a tenté de placer un candidat dans une entreprise demandeuse.

Le candidat rejeté en raison du framework

Pour un rôle de frontend dans une agence, Iwan a présenté un ingénieur frontend qui contribue à ECMAScript et a fait de grosses contributions à la communauté open source. « Il m'a fallu des semaines pour trouver cette personne et des heures pour l'évaluer correctement, y compris des interviews vidéo (c'est ce que nous aimons faire à coderfit.com). Il a été rejeté par un ingénieur de l'agence qui s’est contenté de parcourir le code qu’il a soumis pendant une dizaine de minutes. »

Iwan s’attriste même de voir ce qui a été dit au candidat par courriel, notamment : « Même si votre curriculum vitae et votre lettre de motivation étaient très concurrentiels, notre équipe d'embauche a examiné votre demande et ne l'a pas sélectionnée pour un examen plus approfondi. » Et Irwan d’expliquer que c'était vraiment une mauvaise réponse, car il n'y avait pas de lettre de motivation. Après avoir parcouru le courriel de refus envoyé au candidat, il a décidé de se rendre dans les locaux de l’entreprise pour parler à l’ingénieur qui a rejeté « le meilleur candidat que j'ai interviewé en 2017. »


Tout d'abord, l'ingénieur n’a pas su vraiment lui expliquer pourquoi il avait rejeté cette candidature, avançant juste que « le code est surconçu », même si Irwan assure qu'il était correctement structuré, avec tous les opérateurs ES6 et de courtes fonctions sur place. « Après avoir discuté de cela pendant 10 minutes, la raison du rejet est devenue plus claire : le candidat a utilisé un framework MVC inconnu de l'intervieweur. J'ai été tellement impressionné par l'utilisation du framework durant l’entretien technique avec le candidat que je ne pouvais pas comprendre comment cela pourrait être un problème. »

Irwan a avancé quelques raisons pour lesquelles le candidat a utilisé un framework inconnu : « L'agence recruteuse était une agence à la recherche de processus reproductibles et l'ingénieur en chef (pas l'interviewer) me reprochait de “réinventer la roue pour chaque client”. Le candidat que j'ai soumis a mis en place un framework personnalisé pendant son temps libre qui résolvait certaines de ces questions auxquelles l'agence faisait face.

« Étant donné que l'intervieweur qui l’a rejeté n’a pas parcouru mes notes ou mon enregistrement d'entretien vidéo, il n’a pas compris le contexte dans lequel le candidat a utilisé ce framework et s’est contenté de le rejeter. Aussi, à ce moment, le chef d'équipe (qui était en faveur du candidat) était en vacances et ne pouvait pas intervenir. »

À cause de la façon dont il a été traité (réponse bateau de la part des ressources humaines, aucun retour, attente pendant deux semaines pour avoir une analyse de son code), le candidat n’a plus souhaité avoir d’autres entretiens.

L’ancien Googler presque rejeté parce qu’il ne connaissait pas la formule bayésienne par cœur

Une startup a proposé un entretien à un développeur qui a quitté Google Zurich après quatre ans. « J'ai eu des problèmes pour présenter ce type à des startups, car tout le monde pensait qu'il demanderait une compensation Google-Zurich (plus de 200k CHF - le double du salaire d'ingénieur moyen). Cependant, ses demandes étaient raisonnables. De plus, il voulait vraisemblablement juste une équipe harmonieuse avec des défis techniques intéressants. »


Aussi, il a répondu à chaque entretien et a impressionné la plupart des gens à qui il a parlé. La startup qui proposait un poste de développeur Python lui a fait traverser plusieurs étapes. Pourtant, après le jour de l’entretien, une personne s'est levée et a précisé que le candidat ne savait pas / ne pouvait pas expliquer la formule bayésienne et qu'il ne pouvait donc pas être embauché. Mais le chef de la technologie a utilisé son droit de véto et a expliqué que rejeter une candidature parce que quelqu’un ne connaît pas une formule par cœur...

« Il s'est avéré que cet ingénieur était le contributeur individuel le plus précieux que l'entreprise ait jamais embauché. Le chef de la technologie avait raison : le candidat a installé son environnement de développement en un temps record et a corrigé trois bogues le premier jour. Après tout, tout le monde était très impressionné et très heureux d'avoir embauché la personne. »

Le candidat oublié

« D’ordinaire, je surveille de près ce qui se passe avec mes candidats et la façon dont ils passent par l'entonnoir de recrutement. Pendant que j'étais en vacances, un PDG a donné son accord pour qu'ils engagent un ingénieur que j'ai présenté. Le responsable du recrutement, qui travaillait à distance dans un autre pays, n'a pas réagi. Puisque j'étais en vacances, je n'ai pas réagi non plus et le candidat a pensé pendant des semaines qu'il a été rejeté puisque personne ne lui a fait de retour (si personne ne vous fait de retour, cela ne veut pas dire que vous avez été refusé).

« Deux mois plus tard, j'ai de nouveau demandé au candidat ce qui se passait. Ni lui ni le responsable de recrutement ne pouvaient comprendre pourquoi personne ne lui avait fait de retour avant. J'ai donc envoyé un courriel à toutes les personnes concernées pour leur demander si nous pouvions finaliser le processus. »


Le candidat rejeté parce qu’il était meilleur que l’ingénieur qui menait l’entretien

Le candidat était un développeur de 22 ans, contributeur dans la communauté open source qui a été rejeté lors de la phase de test technique par un ingénieur qu’Irwan a appelé "Jon" pour les besoins de son histoire. « J'ai été tellement choqué par ce rejet que j'ai lancé un appel pour en discuter. Nous avons eu une conférence téléphonique le responsable du recrutement Jon et moi.
« Les raisons que Jon a évoquées pour justifier le rejet du candidat étaient toutes un peu drôles et je ne pourrais pas dire si Jon était sérieux ou pas. En outre, les contributions de Github de Jon, les pulls request et d'autres choses étaient plutôt merdiques, mais il était responsable des entretiens techniques, donc j'ai dû écouter ses commentaires.

« Jon a identifié certains problèmes dans le code du candidat que nous avons même regardé sur un écran partagé. Toutes les choses qu'il a mentionnées étaient plus des choix de style et pas de vrais problèmes. D'autres choses qu'il critiquait semblaient merdiques à un œil de profane, mais étaient en réalité de bons choix. Puis j'ai perdu mon sang-froid. La critique et j’ai lâché que la qualité du code des candidats est meilleure que celle de Jon sur Github. Le responsable recrutement m’a arrêté là et m’a rappelé que "nous n'évaluons pas Jon ici". Il était très difficile de dire quoi que ce soit à ce moment-là, alors j'ai juste changé de sujet et mis fin à l'appel. »

Source : billet Irwan

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Avatar de digital3d digital3d - Membre du Club https://www.developpez.com
le 15/11/2017 à 9:01
J'ai moi même effectué des recrutements de développeurs en tant que Team Leader accompagné de mon responsable, je me suis rendu compte que les interviews, les tests ne sont pas une science exact, quelqu'un peut "sembler" ne pas rentrer dans les cases et pourtant être un excellent avantage pour la société, et l'inverse aussi, on peut être bluffé et puis après l'avoir engagé, être extrêmement déçu.

De par ma propre expérience, sur 25 ans de carrière, chaque société à son propre avis qui n'a rien à voir avec la précédente.
Avatar de - https://www.developpez.com
le 15/11/2017 à 9:27
Lors d'un de mes tout premiers entretiens, le recruteur était plus intéressé par mon signe zodiacal, à savoir si je résolvais les problèmes par le ressenti ou si je me limitais à la pure analyse Je devais pas être né le bon jour parce qu'il ne m'a jamais rappelé... ce qui m'a arrangé en fait
Avatar de Loceka Loceka - Expert confirmé https://www.developpez.com
le 15/11/2017 à 10:16
Citation Envoyé par Old Geek Voir le message
Lors d'un de mes tout premiers entretiens, le recruteur était plus intéressé par mon signe zodiacal, à savoir si je résolvais les problèmes par le ressenti ou si je me limitais à la pure analyse
J'avais entendu dire que ça se faisait (comme l'étude de la graphie et tout un tas de conneries) mais j'avais jamais entendu parler de ça dans l'informatique !
Avatar de - https://www.developpez.com
le 15/11/2017 à 10:39
Citation Envoyé par Loceka Voir le message
J'avais entendu dire que ça se faisait (comme l'étude de la graphie et tout un tas de conneries) mais j'avais jamais entendu parler de ça dans l'informatique !
A mon avis c'est ce qu'il devait rechercher en priorité sinon il aurait attendu d'avoir mon CV avec ma date de naissance pour ensuite donner tout ça à sa voyante

Beaucoup le font mais ils sont beaucoup plus discret.
Si la personne veut d'abord connaître la date de naissance avant toute chose c'est souvent pour ce cas sinon elle demande simplement ton âge.

Il y a discrimination si on est pas du bon signe ?
Avatar de John Bournet John Bournet - Membre averti https://www.developpez.com
le 15/11/2017 à 10:46
On oublie souvent qu'un entretien d'embauche, ça fonctionne dans les 2 sens.
A la fin de l'entretien, il faut aussi se demander si on a vraiment envie de travailler avec ces gens
Avatar de el_slapper el_slapper - Expert éminent sénior https://www.developpez.com
le 15/11/2017 à 11:06
Et puis il faut être humble. On a beau être bon, on est pas forcément un bon choix partout. Je me souviens distinctement d'une mission ou sur le papier, j'avais tout pour réussir, et ou je me suis planté dans les grandes largeurs. En partie parce que j'ai merdé tout seul comme un grand, en partie aussi parce que la culture locale ne me convenait pas(ou plus exactement que je ne lui convenait pas).

Ca ne fait de moi un mauvais, mais ça ramène à plus d'humilité. Parfois, les gens qui vous envoient chier ont raison. Eux, ils auraient du.
Avatar de Beowulf59 Beowulf59 - Membre actif https://www.developpez.com
le 15/11/2017 à 11:16
Il y a eu un effet de mode à un moment où en fait l'entretien technique, c'était de répondre à un QCM (papier ou sur ordinateur, parfois se rapprochant des certifications), seul dans une pièce. Et c'est là qu'on se dit "Ok, l'entreprise n'a même pas assez d'estime pour ses candidats pour faire déplacer un tech leader pour un dialogue...", je l'ai vécu plusieurs fois.

Je n'ai pas donné suite à ce genre d'entreprise (car visiblement on ne prône pas l'humain), et le comble c'est que je suis revenu plus tard en tant que prestataire chez un client final qui adoptait ce genre de pratique, on voit que le niveau n'est pas forcément plus élevé et qu'au final ils font appel à beaucoup de prestataires tellement ça bouchonne niveau recrutements direct. Un RH m'a même contacté pour me recruter en me demandant ce que je faisais, alors que j'étais en mission dans la même entreprise que lui, et que c'était marqué noir sur blanc sur mon CV!

Il n'y a rien de mieux que les rapports humains, mais on les perd de plus en plus.
Avatar de FreeDev83 FreeDev83 - Nouveau membre du Club https://www.developpez.com
le 15/11/2017 à 12:16
Il m'a fallu 13 mois pour répondre à 500 offres d'emploi (en bossant la moitié du temps), toutes d'un niveau d'études inférieur à ce que j'ai, et toutes "débutant accepté" alors que j'ai de l'xp. Pas non plus de prétention salariale : j'avais fini par me vendre au SMIC dans toute la France, sans plus de résultat.
Mais toujours sur des offres que J'AVAIS CHOISI en fonction de mes affinités pour la recherche scientifique et l'industrie (j'ai un gros passif à DCNS, à Airbus, au CNRS...). Alors ouais, il paraît que j'ai un CV impressionnant, mais le ratio entre mon âge, mon niveau d'études, et mon xp font aujourd'hui que mon profil dérange. L'ONERA, par exemple, a fini par saborder ma candidature sur un poste à pourvoir depuis plus d'1 an (!) sur Modane...sans le moindre entretien physique préalable !... Pour un boulot niveau stagiaire ! C'est sûr, j'aurais eu l'âge de mon chef...environ 35 piges.

De l'autre côté, je suis harcelé par les SSII et autres startups d'illuminés. Des SSII qui adorent vous faire passer des batteries de tests pourris, pour vous envoyer dans des bleds pourris, pour aller bosser dans des boîtes pourries, sur des projets pourris. J'ai eu de trop mauvaises expériences avec les SSII pour qu'on m'y reprenne.
Quant aux startups... Soit les mecs n'ont aucune notion administrative ou comptable de ce qu'est une entreprise, soit vous vous rendez compte très rapidement que vous êtes en fait le seul développeur compétent de la boîte. Si vous n'avez pas de chance, vous vous trouverez dans la superposition de ces deux états.
Dans la dernière, ils avaient vendu un ERP qu'ils n'avaient pas encore, ils ont profité de la thune des ventes pendant près de deux ans, et quand ils sont arrivés à 4 mois de l'échéance maximale, ils m'ont recruté pour le développer...Bravo les gars.

Seul chose positive : après avoir dénoncé cet état de fait durant une longue conférence de Presse sur le thème des travailleurs qui dorment dans leur voiture (je le dois à une SSII), qui a engendré plusieurs articles et mis ma tronche à l'honneur sur France 3, j'ai aussi été contacté par de nombreux malheureux qui se sont fait arnaquer parfois de dizaines de milliers d'euros (!!!), pour des projets qui n'ont jamais abouti, par ce même genre de boîtes et de faux-développeurs sans scrupules. Alors j'ai compris qu'il y avait un réel marché à prendre...

Si on dit de vous que vous êtes bons mais que personne ne veut de vous, sauf des imposteurs en recherche de crédits et des SSII en recherche de bouche-trou, c'est que vous êtes faits pour bosser à votre compte ! ;-)
Avatar de Grogro Grogro - Membre expert https://www.developpez.com
le 15/11/2017 à 13:00
Citation Envoyé par John Bournet Voir le message
On oublie souvent qu'un entretien d'embauche, ça fonctionne dans les 2 sens.
A la fin de l'entretien, il faut aussi se demander si on a vraiment envie de travailler avec ces gens
C'est juste, mais dans la vraie vie, quand tu as +100 CV en compétition pour un poste, tu as rarement les moyens de faire le délicat, surtout au bout de plusieurs mois de chômage. On a encore les moyens de faire la fine bouche dans l'IT, quand on est pas trop "senior", mais pour combien de temps encore ?
Avatar de abbe2017 abbe2017 - Membre averti https://www.developpez.com
le 15/11/2017 à 13:10
Citation Envoyé par Grogro Voir le message
C'est juste, mais dans la vraie vie, quand tu as +100 CV en compétition pour un poste, tu as rarement les moyens de faire le délicat, surtout au bout de plusieurs mois de chômage. On a encore les moyens de faire la fine bouche dans l'IT, quand on est pas trop "senior", mais pour combien de temps encore ?
hélas non.
l'IT n'a plus les moyens d'avoir des bons travailleurs informaticiens en france.
les médias ne cessent de dire qu'on en manque (pour faire baisser les salaires, aider les instituts de formations à se remplir les poches d'argent servant à la formation pro inutilement) alors qu'il y a une masse d'informaticiens au chômage.
Dernièrement en insider à pôlemploi, j'ai été surpris de constaté que leurs systèmes n'offre pas la possibilité de chercher les chômeurs par code métier (m1805). ainsi si une entreprise cherche un "développeur" ou "developer" ou" dev php" ou "dev java", bun elle subit la loi du filtre orthographique. c'est totalement risible et abérant venant de pôle-emploi. et c'est pareil pour les autres métiers dont l'ortho ou la spécialité varie.
Par étonnant qu'on entend dire "on ne trouve pas d'informaticien", le site ent. de PE est restraint.

En plus de cela, depuis l'arrivée de l'autoentreprenariat, des gens peuvent s'auto-titrer "ingénieur" et se lancer sur le marcher de l'emploi freelance sans aucune exigence de diplôme : dévaluation de toutes les formations informatiques.
Et c'est pire que ça, on voit de plus en plus de "formation" boostés en 3mois pour devenir développeur ou illulminé de l'informatique (tel l'école de xavier niel).

Personne au gouvernement ni en région ( xavier bertrand tu écoutes?) n'arrive à comprendre que ça coute moisn cher à l'Etat d'aider les informaticiens au chômage que de créer des nouveaux "jeunes" formés en moins de deeux qui produiront un travail catastrophiquement baclé.
Certes mettre un "jeune" en formation fait baisser le taux de chômage, et alors, est-ce qu'il fait augmenter le taux des personnes en emplois stable ? non.
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