L'université Jagiellonian où enseigne le professeur qui a introduit l'Asymetrical Numerical Systems (ANS)
S'oppose au dépôt de brevet de Google

Le , par Stéphane le calme, Chroniqueur Actualités
L’Asymetrical Numerical Systems (ANS) est une famille des méthodes de codage entropique qui est en train de prendre le dessus actuellement sur le codage de Huffman et le codage arithmétique dans les compresseurs de données utilisés notamment par les géants comme Apple, Facebook et Google.

La particularité de ce codage est sa vitesse époustouflante, il combine des caractéristiques du codage arithmétique et le codage de Huffman pour être 30 fois plus rapide. En raison de cela, ANS est utilisé dans le compresseur Zstandard de Facebook, le compresseur LZFSE d’Apple et le compresseur Draco 3D de Google.

Les tests de Benchmark montrent que le codage arithmétique le plus rapide a une vitesse de décodage de l'ordre de 50 Mo/s contre 1500 Mo/s pour l’ANS. L’ANS bat également le codage de Huffman, dont l’implémentation standard zlibh de gzip a une vitesse de 300 Mo/s.

L’ANS a été introduit par Jarosław (Jarek) Duda, un professeur à la faculté de mathématiques et d'informatique de l'Université Jagiellonian à Cracovie (Pologne), en tant que méthode ouverte, le but étant d’éviter le même sort que le codage arithmétique, dont l’adoption a été bloquée pendant plusieurs années à cause des brevets. Cependant, certains acteurs essaient désormais de breveter des applications basiques de l’ANS, y compris Google pour le compresseur vidéo AV1.

« Une belle façon de remercier un pauvre académique de la part d’une firme de plusieurs milliards de dollars qui prône le "Don't be evil", qui exploite son [Jarek] travail gratuitement et qui les a aidés [Jarek] durant les trois dernières années » a écrit Jarek dans un forum. « À un moment donné, ils m’ont donné l’espoir d’une collaboration avec mon université, puis silence radio… probablement en raison de cette démarche de brevet. »

Selon Jarek, si jamais ce brevet général est donné à Google, les gens auront peur d’utiliser ANS pour la compression image et vidéo durant les 20 prochaines années, ce qui va la paralyser comme il a été le cas avec le codage arithmétique.

Bien que l’inventeur d’ANS soit furieux de la décision de Google, certains pensent que l’entreprise cherche surtout à se prémunir contre les patents trolls, surtout que le géant de la recherche est connu pour avoir largement contribué à AV1

De son côté, l'Université Jagiellonian a l’intention d’exiger le retrait de la demande de brevet déposée par Google aux États-Unis : « Nous comprenons l'intention originale et idéaliste de notre employé (...) qui voulait que la méthode de codage ANS reste accessible au public gratuitement. Par conséquent, le dépôt de la demande de brevet auprès du bureau américain des brevets sans le consentement préalable du Dr Duda peut être considéré comme controversé à la fois en termes commerciaux et éthiques », a fait valoir Adrian Ochalik, porte-parole de l’université. « Nous demanderons le retrait de la demande de brevet par Google, tout comme l'auteur du code, nous n'aimerons pas que l'accès soit limité par tous les moyens. »

L’EPO (European Patent Office, l’office européen des brevets) a donné son avis en tant qu’ISA (Internal Searching Authority) sur le sujet. Dans son avis provisionnel, l’office a déclaré que « L'objet de la revendication ne comporte pas d'activité inventive au sens de l’article 33(1) et (3) PCT. »

En 2016, une tentative pour breveter de la solution de Duda a également été faite en Grande-Bretagne, mais le tribunal britannique a statué qu'un contenu en ligne gratuit ne pouvait pas faire l'objet d'une procédure de brevet.

Source : Office européen des brevets, annonce de l'université en Pologne

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Avatar de jgdaprem jgdaprem - Futur Membre du Club https://www.developpez.com
le 21/08/2017 à 20:16
Citation Envoyé par Axel Mattauch Voir le message

GOOGLE a déposé une demande de brevet en 2016.
En première lecture le brevet prétend à une amélioration de l'ANS, ce qui signifierait que seules ces améliorations seraient couvertes par le brevet?
Je ne pense pas ... ce n'est pas parce que vous améliorez une chose que vous détiendrez systématiquement un brevet sur cette chose ou ses améliorations (ajoutez une aile à un avion... ça reste un avion ...)

Comme dit plus loin, l'OEB a bien fait son job en détectant qu'il n'y avait pas de nouveauté puisque déjà publié avant la demande de brevet ... bravo !

Le mieux, pour garder libre de droits une invention, c'est de la rendre publique ... sur divers magazines scientifiques, ou par l'intermédiaire de prestataires
par exemple http://www.researchdisclosure.com/
Avatar de Michael Guilloux Michael Guilloux - Chroniqueur Actualités https://www.developpez.com
le 12/06/2018 à 18:47
Google peut-il breveter sa technique de compression de vidéo basée sur l'ANS ?
Jarek Duda trouve marginal le travail supplémentaire effectué par Google

Qu'est-ce que l'Asymmetric numeral systems (ANS) ?

Très largement utilisée, la compression de données est une opération de codage nécessaire pour réduire la taille de transmission ou de stockage des données. Cette opération informatique consiste à transformer une suite de bits donnée en une suite de bits plus courte pouvant restituer les mêmes informations, ou des informations voisines, en utilisant un algorithme de décompression. Il existe donc deux grandes familles d'algorithmes de compression : les algorithmes de compression sans perte qui restituent après décompression une suite de bits strictement identique à l'originale. Et les algorithmes de compression avec perte qui restituent une suite de bits qui est plus ou moins voisine de l'originale selon la qualité désirée. Les premiers sont donc utilisés pour les archives, les fichiers exécutables ou les textes, alors que les derniers sont utiles pour les images, le son et la vidéo.

Pour la compression de données sans perte, on distingue principalement le codage entropique (codage de Huffman et codage arithmétique principalement) et le codage algorithmique. Le codage arithmétique permet une compression équivalente ou meilleure (selon le cas) à celle du codage de Huffman, mais il ne fut que peu utilisé, car son implémentation était trop complexe, et donc coûteuse en termes de calcul. C'est là que l'ANS entre en jeu.

L'Asymmetric numeral systems (ANS) est une famille de méthodes de codage entropique introduite par Jarek Duda, un chercheur de l'Université Jagellonne, et qui est utilisée dans la compression des données depuis 2014 en raison de l'amélioration des performances par rapport aux méthodes précédemment utilisées. L'ANS combine le taux de compression du codage arithmétique avec un coût de traitement similaire à celui du codage Huffman.

Avec ces avantages, l'ANS a été rapidement adopté par les entreprises de la technologie. Il a par exemple été utilisé dans l'algorithme de compression ZStandard de Facebook. Apple l'a également incorporé dans son algorithme de compression LZFSE. Google en a fait de même, en utilisant cette technique non seulement dans sa bibliothèque Draco de compression de graphiques 3D, mais encore pour son format d'image pour le Web appelé Pik. Tout cela a été possible parce que Jarek Duda a décidé de mettre son travail dans le domaine public.

Mais comme nous l'avons rapporté il y a un an maintenant, Google cherche à breveter une méthode de compression vidéo basée sur l'ANS, ce qui a rendu furieux le chercheur de l'Université Jagellonne. « Une belle façon de remercier un pauvre universitaire de la part d’une firme de plusieurs milliards de dollars qui prône le "Don't be evil" », disait Jarek Duda. Il critique Google pour avoir exploité son travail gratuitement et bénéficié de son aide pour enfin vouloir breveter ce qu'il considère comme son travail. « À un moment donné, ils m’ont donné l’espoir d’une collaboration avec mon université, puis silence radio… probablement en raison de cette démarche de brevet », avait-il déclaré. Selon Jarek, si jamais ce brevet est accordé à Google, les gens auront peur d’utiliser l'ANS pour la compression d'image et vidéo durant les 20 prochaines années, ce qui pourrait paralyser la méthode comme cela a été le cas avec le codage arithmétique.

Les versions des deux parties et ce que pense l'Office européen des brevets

Ce que Google veut breveter, c'est l'utilisation de la méthode ANS pour la compression vidéo. La question est donc de savoir si le travail supplémentaire de Google est assez significatif pour qu'on puisse le considérer comme une invention. De l'avis de Google, oui. La firme de Mountain View rejette l'idée selon laquelle elle serait en train de tenter de breveter le travail de Jarek Duda. Un porte-parole de l'entreprise aurait en effet soutenu que l'universitaire a juste proposé un concept théorique qui n'est pas directement brevetable, alors que ses avocats cherchent à breveter une application spécifique de cette théorie qui reflète le travail supplémentaire des ingénieurs de Google.


Bien évidemment, Jarek Duda n'est pas de cet avis. Le chercheur estime pour sa part que cette « invention » de Google n'est qu'une simple application de l'ANS à un pipeline de décodage vidéo conventionnel. Cette affirmation se baserait sur le fait que la compression d'images et de vidéos fonctionne fondamentalement de la même manière que la compression de texte. Si c'est le cas, alors les algorithmes ANS pourraient être utilisés pour coder des données d'image à partir d'une vidéo aussi facilement qu'une chaîne de symboles alphanumériques.

Les schémas de compression vidéo les plus efficaces représentent les trames vidéo en tant que blocs de pixels et utilisent des transformations mathématiques pour représenter ces blocs en utilisant des symboles qui peuvent être compressés efficacement. La seule innovation significative de Google, selon Duda, serait l'utilisation de l'ANS pour coder ces symboles.

Mais Duda va plus loin en expliquant qu'il avait même suggéré la technique exacte que Google essaie de breveter dans un échange en 2014 avec des ingénieurs de l'entreprise. On peut voir d'ailleurs dans une discussion Google Groupes que Jarek Duda proposait d'échanger avec Google sur ce sujet : « Je voudrais proposer une discussion sur la possibilité d’appliquer [l'ANS] dans la compression vidéo comme VP9 - il devrait être plus de 10 fois plus rapide que le codage arithmétique, offrant un taux de compression similaire », avait-il écrit.

En se basant sur tout cela, le chercheur estime que le travail de Google n'est pas une innovation en soi ; un avis partagé par l'Office européen des brevets (OEB). Dans une décision préliminaire rendue en février, l'OEB réfute le fait que le travail de Google soit une « invention ». L'Office européen des brevets estime en effet que les informations fournies par Duda dans la discussion de 2014 citée « permettraient à une personne qualifiée de réaliser [ce qu'a fait Google] sans avoir à appliquer des compétences créatives. »

Jarek Duda veut que Google le reconnaisse comme l'inventeur original et garantisse de manière légale que le brevet soit disponible pour tous, ou mieux encore, renonce à breveter l'utilisation de l'ANS pour la compression vidéo. Google est donc mal parti pour se voir accorder le brevet, mais ce n'est pas encore la décision finale de l'OEB. Et une décision est également attendue du côté de l'USPTO, l'office américain des brevets.

Discussion Google Groupes sur l'ANS (2014), Décision préliminaire de l'Office européen des brevets

Source

Et vous ?

Que pensez-vous de cette situation ?
D'après vous, doit-on breveter des inventions basées sur des technologies ouvertes ?
La compression d'images et de vidéos fonctionne-t-elle fondamentalement de la même manière que la compression de texte pour qu'on rejette la demande de brevet de Google ?

Voir aussi :

Pour la première fois, Google perd un de ses 36 000 brevets pour une « interférence », ce qui pourrait lui coûter son Project Loon
L'université Jagiellonian où enseigne le professeur qui a introduit l'Asymetrical Numerical Systems (ANS) s'oppose au dépôt de brevet de Google
Google cherche à breveter l'application de compression vidéo de l'Asymetric Numeral Systems, une démarche qui n'a pas plu à l'inventeur de la méthode
Apple condamné à verser plus d'un demi-milliard de dollars à la société VirtnetX par la justice américaine, pour violation de brevets
BlackBerry intente une action en justice contre Facebook, le réseau social et ses filiales WhatsApp et Instagram auraient violé ses brevets
Avatar de SimonKenoby SimonKenoby - Membre à l'essai https://www.developpez.com
le 12/06/2018 à 19:40
  • Que pensez-vous de cette situation ?
  • D'après vous, doit-on breveter des inventions basées sur des technologies ouvertes ?


Ce que je vais dire est sujet a caution, car c'est une souvenir d'un cour de droit informatique que j'ai eu, mais il me semble que la loi européenne ne permet que le brevet d'un logiciel, c'est a dire son code source. En ce qui concerne les codes c'est le droit d'auteur qui s'applique, c'est a dire que Google ne peut pas breveter une idée ou un algorithme, seulement le code l'implémentant, et donc n'importe qui pourrait ré implémenter cet algorithme a sa façon et ce ne serrait pas considéré comme du plagiat.

Je dis tout cela de mémoire, d'un cour qui ne m'inspirait pas vraiment, donc très fortement sujet a caution.
Avatar de Stérilux Stérilux - Membre du Club https://www.developpez.com
le 13/06/2018 à 7:06
C'est bien la cas, les 2 premières choses qu'on apprend c'est qu'une formule mathématique c'est que le brevet logiciel n'a pas lieu (en europe) et que le reverse engineering est totalement légale même si les éditeurs tentent de faire passer le message contraire.
Avatar de Xanadu Xanadu - Membre régulier https://www.developpez.com
le 14/06/2018 à 12:00
Citation Envoyé par SimonKenoby Voir le message

Ce que je vais dire est sujet a caution, car c'est une souvenir d'un cour de droit informatique que j'ai eu, mais il me semble que la loi européenne ne permet que le brevet d'un logiciel, c'est a dire son code source. En ce qui concerne les codes c'est le droit d'auteur qui s'applique, c'est a dire que Google ne peut pas breveter une idée ou un algorithme, seulement le code l'implémentant, et donc n'importe qui pourrait ré implémenter cet algorithme a sa façon et ce ne serrait pas considéré comme du plagiat.

Je dis tout cela de mémoire, d'un cour qui ne m'inspirait pas vraiment, donc très fortement sujet a caution.
c'est l'inverse ! on peut breveter une méthode/algorithme si tu peux prouver que tu en as fait une réalisation (matérielle ou logicielle). On ne peut pas breveter une idée, ni du logiciel (en europe).
si tu ré-implémente la méthode, c'est soumis au brevet.
Pour le code source, c'est bien le droit d'auteur qui s'applique.
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