DRM dans HTML5 : pourquoi le W3C renoncera à ses principes
S'il valide la proposition sur les extensions pour médias chiffrés

Le , par Michael Guilloux, Chroniqueur Actualités
Dans une dernière vague de mouvements visant à empêcher la validation de la spécification EME (Encrypted Media Extensions), Kẏra, bien connue dans la communauté Haskell et ancienne militante de la Free Culture Foundation a sorti un ancien billet dans lequel elle accuse le W3C d’avoir trahi tous les internautes. Rappelons que plus tôt, c’était la Free Software Foundation qui appelait ses partisans à demander à Tim Berners-Lee, le patron de la W3C, de « ne pas mettre en danger les utilisateurs en intégrant une technologie oppressive dans les standards de base du Web ».

« Ne laissez pas les mythes vous tromper : le plan du W3C pour le DRM dans HTML5 est une trahison pour tous les utilisateurs du Web », tel était le titre du billet de blog de Kẏra, datant de 2013. Elle explique en effet que le Web Consortium s’est basé sur trois mythes pour défendre la nécessité d’intégrer le DRM dans HTML5.

Le premier mythe serait la croyance selon laquelle « le DRM ne fonctionne pas, qu’il existe pour protéger les créateurs, mais comme il peut être facilement contourné, il est complètement inefficace et impertinent ». D’après Kẏra, c’est complètement faux, parce que le DRM ne vise pas à protéger les droits d'auteur, mais plutôt à limiter les fonctionnalités des œuvres et commercialiser des fonctionnalités sous forme de services. « La perception publique selon laquelle le DRM existe pour empêcher la copie non autorisée est une erreur grave qui dissimule la fonction réelle du DRM, qui a un succès majeur : éviter les utilisations légales de la technologie afin que les entreprises de médias puissent facturer à plusieurs reprises pour des services qui fournissent des fonctionnalités qui ne devraient jamais être supprimées pour commencer. »

L’un des arguments avancés pour défendre l’intégration du DRM dans HTML5 est que cela constitue « un compromis nécessaire pour finalement mettre fin à la prolifération de plugins de navigateurs propriétaires comme Adobe Flash Player et Microsoft Silverlight ». D’après Kẏra, c’est également une fausse idée. Elle estime en effet que le DRM dans HTML5 n’entrainera pas la fin de ces plugins propriétaires, mais les encourage. La spécification Encrypted Media Extensions pourrait en effet offrir à ces plugins propriétaires « un nouvel espace en tant que module de déchiffrement de contenu (CDM) ». À propos, l’Electronic Frontier Foundation avait dénoncé le fait que « la proposition EME abdique explicitement la responsabilité sur les problèmes de compatibilité et permet aux sites Web de disposer d'un logiciel tiers exclusif ou même d'un matériel spécial et de systèmes d'exploitation particuliers (tous désignés sous le nom générique « modules de déchiffrement du contenu », et aucun d'entre eux n'est spécifié par la proposition EME). »

Notons déjà que certains contenus protégés par DRM peuvent être lus en utilisant les plugins Microsoft Silverlight et Adobe Flash. Autrement dit, Kẏra sous-entend que la spécification EME pourra intégrer de nouvelles implémentations de ces plugins sur le Web. « Les extensions pour médias chiffrés prévoient de prendre ce qui rend ces technologies particulières terribles pour les utilisateurs (gestion des restrictions numériques, support multiplateforme médiocre, etc.) et l'injecter directement dans le tissu du Web », dit-elle. « Ceci équivaut à inviter Microsoft Silverlight, Adobe Flash Player et autres technologies similaires à faire partie de la norme HTML5. »

Le dernier mythe serait le fait que le Web a besoin du DRM dans HTML5 afin que Hollywood et d'autres géants des médias puissent finalement commencer à donner la priorité au Web, plutôt qu’aux voies traditionnelles, pour la distribution de médias. Ici, elle rappelle que ce sont les grands médias qui dépendent du Web et non l'inverse, et les grandes entreprises médiatiques savent qu'elles doivent s'adapter pour survivre.

En somme, pour Kẏra comme pour nombreux observateurs, le DRM n’a pas sa place dans HTML5, surtout que cela va à l’encontre de la mission du W3C. Celle-ci consiste en effet à rendre les avantages du Web « disponibles à tous, quels que soient leur matériel, leur logiciel, leur infrastructure réseau, leur langue maternelle, leur culture, leur situation géographique ou leur capacité physique ou mentale », comme indiqué sur le site officiel de l’organisme de normalisation. Kẏra conclut donc que la proposition pour les extensions de médias chiffrés n’est pas un compromis pour l'avancement du Web, mais plutôt « une concession complète des principes du W3C. »

Source : Kẏra

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Avatar de Shepard Shepard - Membre confirmé https://www.developpez.com
le 04/04/2017 à 11:28
Les navigateurs qui cherchent à rendre le web ouvert tels que Firefox et Google Chrome vont-ils suivre la recommandation du W3C ? Rien ne les y force a posteriori de cette décision d'intégrer le support des DRM au HTML5 ...

Je ne suis pas franchement calé en "webopolitique", si quelqu'un est plus éclairé que moi sur la question, je ne demande qu'à parfaire ma culture
Avatar de thelvin thelvin - Modérateur https://www.developpez.com
le 05/04/2017 à 13:04
Citation Envoyé par Shepard Voir le message
Les navigateurs qui cherchent à rendre le web ouvert tels que Firefox et Google Chrome vont-ils suivre la recommandation du W3C ?
Google a ses propres services de vente de vidéo, et utilise pour cela cette recommandation (depuis bien avant que ce soit au stade recommandation.) On peut imaginer qu'ils ne seraient revendeurs de rien du tout s'ils ne le faisaient pas car aucun ayant-droit ne leur confierait de vidéo à revendre. Quoi qu'il en soit, ils s'en servent et fournissent eux-même le module de déchiffrement directement dans Chrome.

Firefox a été assez clair que cela lui soulève le cœur. Mais il a décidé que puisque le web utilisait déjà en grande partie cette recommandation, et donc que les navigateurs concurrents peuvent lire les vidéos restrictives sans problème pour les gens qui s'en servent, il ne voulait pas être volontairement incapable de lire les vidéos restrictives que ses utilisateurs lui demandent de lire. Tout ce qu'ils y verraient, c'est que Firefox ne marche pas pour lire des vidéos, et donc qu'il faut utiliser un autre navigateur. Un autre navigateur qui ne propose pas les valeurs que Firefox applique sur tout le reste que sur ce point-là précis.
Concrètement Firefox gère deux modules de déchiffrement, celui de Google et un autre, qui sont chacun téléchargés et activés automatiquement quand l'utilisateur visite une page qui en a besoin. Il est possible de le voir dans la pages des add-ons. Le plus simple pour vérifier est d'aller acheter une vidéo sur Google Play et la regarder.

Cela fait donc belle lurette qu'ils suivent cette recommandation, l'un sans trop dire pourquoi mais en même temps il y a du bénéfice qui en dépend. L'autre ça lui fait du mal mais c'est ça ou passer pour un navigateur qui ne fonctionne pas, les utilisateurs n'étant pas du genre à se demander les valeurs qui poussent à ce que leur vidéo ne marche pas, ils prennent juste un navigateur qui marche.

Rien ni personne n'est, certes, forcé de suivre une recommandation du W3C. Il y en a une cinquantaine pourtant bien abouties que personne ne suit. Parce que ça ne les intéresse pas. Quand par contre, une nouvelle fonctionnalité populaire apparaît dans la technologie web, et que plusieurs navigateurs la gèrent plutôt bien, les autres ont juste intérêt à faire pareil s'ils veulent une raison d'exister. C'est en général bien après ce passage qu'ils se réunissent pour standardiser cette technologie et qu'elle devient un jour une recommandation W3C.
Avatar de CoderInTheDark CoderInTheDark - Membre éclairé https://www.developpez.com
le 06/04/2017 à 21:05
C'est très dangereux un contenu protégé est potentiellement inaccessible
Donc pour faire des profits ils sont prèts à exclure des utilisateurs
Déjà que je galère pour promouvoir l'accessibilité.
M'adresser a ces acteurs qui méprisent déjà leur utilisateurs lambdas, vont pas se soucier des 2 ou 3 %% de défficients visuels.
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