DRM dans HTML5 : le père du web soutient cette spécification sur laquelle le W3C travaille
Mais l'EFF voit des retombées négatives démesurées

Le , par Stéphane le calme, Chroniqueur Actualités
Le World Wide Web Consortium (W3C), l’organisme qui supervise le développement de nombreuses technologies liées au web, envisage de nouveau l'élaboration d'une spécification permettant aux médias protégés par DRM de contenir du HTML. Le délai accordé au groupe travaillant sur les extensions de médias cryptées (EME) étant fixé pour fin avril, le W3C se trouve face à deux choix s’il veut continuer sur cette lancée : valider la proposition EME telle qu’elle est et la publier en tant que norme avant la fin du mois d’avril ou prolonger le délai accordé au groupe de travail.

La question de savoir si le W3C devrait approuver la norme EME (Encrypted Media Extensions), qui permet à une page Web d'inclure du contenu crypté en connectant un système DRM (Digital Rights Management) sous-jacent existant dans la plate-forme sous-jacente, a soulevé la polémique.

L’Electronic Frontier Foundation (EFF) ainsi que la Free Software Foundation (FSF), les groupes de défense des droits numériques, se sont montrés contre cette proposition. Accompagnés par d’autres associations, ils ont publié une lettre ouverte pour faire entendre leur opposition et ont encouragé à signer une pétition.

L’EFF s’interroge tout d’abord sur l’utilité d’un tel système. Le groupe avance que « les entreprises qui veulent l’EME disent qu'elles en ont besoin pour prévenir la violation des droits d'auteur. Mais, après une longue expérience avec les DRM, il est apparu maintes et maintes fois qu'il n'est pas difficile de contourner ces systèmes. Et une fois qu'une personne trouve comment faire cela, il est possible de télécharger des versions sans DRM de vidéos sur des sites Web où les gens qui veulent violer le droit d'auteur peuvent se rendre [ … ]. Si les DRM servent de prévention de la piraterie, elles ne font pas un très bon travail ».


Ensuite l’EFF estime que les menaces de sanction autour de ce système sont démesurées. « Une fois qu'une entreprise utilise une DRM dans son produit, elle peut menacer quiconque ouvre ce produit d’une manière qui ne lui plait pas. Les limites exactes du DMCA 1201 sont contestées, les procureurs, les titulaires de droits et certains tribunaux plaidant pour une portée très large. Parce que les sanctions pour la perte d'une demande DMCA sont si effrayantes - dans certaines circonstances commerciales, cela pourrait signifier une amende de 500 000 $ et une peine de prison de 5 ans pour une première infraction ! - peu de gens veulent opérer dans la zone grise menacée par la DMCA 1201 ».

Selon l’EFF, trois groupes importants dans l’écosystème web vont perdre leurs droits à cause de l’EME. Il s’agit :
  • des concurrents (cibles de l’EME) : les entreprises, les projets de logiciels libres et les individus qui veulent aider les gens à profiter au mieux des vidéos dans leurs navigateurs auront besoin de la permission des Netflix du monde afin de développer leurs outils ;
  • les dénonciateurs en matière de sécurité (victimes collatérales) : les défenseurs de DRM ont estimé que la simple divulgation de défauts dans les produits qui utilisent des DRM viole l'article 1201 de la DMCA. Voici leur raisonnement : « lorsque vous dites aux gens les erreurs que nous avons commises dans la conception de nos produits, vous leur montrez également où se trouvent les points faibles de l'armure de notre DRM » ;
  • les personnes handicapées (cibles involontaires) : si l’EFF reconnaît que l’EME embarque de nombreuses adaptations pour aider les personnes handicapées à profiter des vidéos, le groupe estime qu’il y a plusieurs façons dont cela pourrait être amélioré. Normalement, adapter la technologie pour accommoder les handicaps implique d'écrire du code. Cependant, parce que ces adaptations exigeraient de contourner DRM, les personnes voulant travailler sur des outils d'accessibilité devront obtenir des permissions au préalable, sous peine de sanctions criminelles et civiles.


Mais l’EME a également ses défenseurs. Parmi eux figure Tim Berners-Lee, le père du web. « La raison pour laquelle je recommande EME est que, en agissant ainsi, nous conduisons l'industrie qui l'a développée en premier lieu à produire un moyen simple et facile d'utiliser du contenu crypté en ligne, de sorte qu'il y aura interopérabilité entre les navigateurs. Cela va faciliter la tâche des développeurs web, mais va également profiter aux utilisateurs. Les gens aiment regarder des vidéos sur Netflix (par exemple). Les gens passent beaucoup de temps sur le Web, ils aiment être en mesure d'intégrer le contenu Netflix dans leurs propres pages Web. Ils aiment être en mesure d'avoir des discussions où ils expriment ce qu'ils pensent sur le contenu où leurs commentaires et le contenu peuvent tous être liés ».

Pour lui, il vaut mieux que les DRM passent par EME qu’autrement. Il explique par exemple que les systèmes EME peuvent faire du sandboxing du code de DRM pour limiter les dégâts potentiels sur le système des utilisateurs ou sur leur vie privée.

Le père du web a tout de même reconnu l’existence de problème avec les DRM au niveau des utilisateurs, des développeurs et de la loi (notamment pour les chercheurs en sécurité). Malgré cela, il estime qu’il vaut mieux que HTML5 intègre EME.

Source : EFF, lettre ouverte, pétition, billet Tim Berners-Lee

Et vous ?

Êtes-vous pour ou contre l'EME ?


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Avatar de laerne laerne - Membre éclairé https://www.developpez.com
le 07/03/2017 à 13:29
L'argument de Tim Berners-Lee est mou du genou… On sort des arguments pareils avec l'industrie militaire : si on produit pas les armes pour des régimes à l'éthique questionables, d'autres le feront, blablabla… Et au final personne ne fait d'effort et rien n'évolue dans le bon sens.
Avatar de _FLX_ _FLX_ - Membre du Club https://www.developpez.com
le 07/03/2017 à 15:56
1) M. Berners-lee n'est pas LE mais UN père du web.
2) Il n'a pas plus de légitimité que n'importe qui pour s'exprimer sur la question.
3) S'il en avait une, il vient de la perdre.

DMCANCER
Avatar de Grimly Grimly - Membre averti https://www.developpez.com
le 08/03/2017 à 14:38
Je comprends mal cette histoire de DRM et je n'ai pas le temps de chercher le détail, pourrait-on m'aider à comprendre comment un DRM pourrait exister alors qu'un système tel que OAuth permettrait déjà de bloquer une ressource à une session ?

De plus, comment ça serait implémenté car il ne faut pas oublier qu'un navigateur ne sait pas deviner, il affiche ce qu'on lui donne et donner une donnée chiffrée avec sa clé n'empêche pas une personne motivée de reproduire l'opération de déchiffrement que fait le navigateur pour lire le flux audio/vidéo.
Avatar de psychadelic psychadelic - Membre chevronné https://www.developpez.com
le 13/03/2017 à 14:54
Mauvaise idée, les DRM induisent obligatoirement un assujettissement ou un tiers technique s'en met plein les poches et qui, mis à part une fourniture technique, n'apporte rien.

Citation Envoyé par _FLX_ Voir le message
1) M. Berners-lee n'est pas LE mais UN père du web.
DMCANCER
Tu peux développer ?
parce que la j'ai l'impression que tu confond Internet (le réseau) et le Web, non ??

Ou alors est-ce que tu veux inclure Steve Jobs dans l'histoire (il a produit la machine NeXT) ou aussi Jean-Marie Hullot (il a créé Interface Builder, permettant T.B.Lee de créer le premier serveur Web). ???
Avatar de _FLX_ _FLX_ - Membre du Club https://www.developpez.com
le 13/03/2017 à 16:50
Citation Envoyé par psychadelic Voir le message

Tu peux développer ?
parce que la j'ai l'impression que tu confond Internet (le réseau) et le Web, non ??
Ah, oui.
Quand je lis web je pense "INTERNET", pas "LES TROIS PRINCIPAUX PROTOCOLES INVENTES A LA PREHISTOIRE PAR SIR TIMOTHY JOHN BERNERS-LEE BIEN AVANT SA SENILITÉ".

J'ai probablement tort, mais je doute être le seul, surtout parmi les non-initiés.
Avatar de psychadelic psychadelic - Membre chevronné https://www.developpez.com
le 13/03/2017 à 18:36
Ben oui, pour moi ton jugement est mauvais.

Tim n’a jamais revendiqué l’invention d’internet, ni des « 3 principaux protocoles d’internet » ; il à juste eu la bonne idée d’utiliser cette technologie pour faciliter la visualisation de documents, en ajoutant par exemple la balise <a> pour mettre des liens hypertextes dans les documents du CERN (en SGML), de créer de toute pièce le premier serveur Web (sur une machine NeXT) , etc , etc.

Puis il a fondé le W3C sans lequel le web n’aurait jamais eu le minimum de cohérence qu’on lui connait aujourd’hui.

Bref, son apport à notre société numérique est loin d’être négligeable.

Quand à sa sénilité qu’elle soit avérée ou non, c’est franchement méchant
Avatar de thelvin thelvin - Modérateur https://www.developpez.com
le 15/03/2017 à 11:25
Citation Envoyé par Grimly Voir le message
Je comprends mal cette histoire de DRM et je n'ai pas le temps de chercher le détail, pourrait-on m'aider à comprendre comment un DRM pourrait exister alors qu'un système tel que OAuth permettrait déjà de bloquer une ressource à une session ?
Ça n'a rien à voir. OAuth c'est juste un système d'authentification login/mot de passe qui est fait pour être un peu transmissible entre différents partis.
Il empêche les gens qui ne connaissent pas le mot de passe d'un compte, de se connecter à ce compte. Et autorise les gens qui en connaissent le mot de passe, à s'y connecter.

Les DRMs ne veulent empêcher personne d'accéder à une ressource (ça c'est le boulot d'une autre techno, comme par exemple OAuth.)
On veut que l'utilisateur puisse accéder à la ressource, parce que sinon il y a des chances qu'il ne paie pas pour l'avoir.
Mais on ne veut pas qu'il en fasse ce qui lui chante : comme par exemple l'enregistrer sur son disque dur, et la regarder plus tard quand il veut, peut-être dans son propre lecteur sans passer par le site d'origine, et peut-être même la donner à d'autre gens qui pourront la regarder sans jamais passer par le site d'origine.
On veut qu'il y accède, oui, mais qu'il ne puisse en faire que ce qu'on est d'accord qu'il en fasse. Typiquement la regarder juste après avoir cliqué sur le bouton prévu dans le site web, et pas à un autre moment, pas ailleurs que sur le site web.
C'est un autre rôle, une autre restriction que les technologies d'authentification comme OAuth.

Citation Envoyé par Grimly Voir le message
De plus, comment ça serait implémenté car il ne faut pas oublier qu'un navigateur ne sait pas deviner, il affiche ce qu'on lui donne et donner une donnée chiffrée avec sa clé n'empêche pas une personne motivée de reproduire l'opération de déchiffrement que fait le navigateur pour lire le flux audio/vidéo.
C'est effectivement la raison la plus évidente pour laquelle les DRMs ne seront jamais d'une efficacité totale.
Mais en théorie, c'est plus facile à dire qu'à faire : ce qui s'occupe de déchiffrer n'est pas le navigateur lui-même, mais un module de lecture fourni par les fournisseurs de technologies cryptées. Et ces modules sont des boîtes noires qu'on peut toujours essayer de décompiler, mais c'est loin d'être évident. Ils pourraient en principe communiquer directement avec la carte graphique ou avec l'OS à un niveau où il n'est pas évident de s'insérer pour espionner ce qui passe, et où de toute façon l'enregistrer ne fournirait pas une bonne qualité comme on en a en lisant le contenu comme prévu.
En théorie c'est plus difficile à dire qu'à faire, sauf que ce qui est prévu en pratique, c'est que les modules de déchiffrement fournissent les trames au navigateur pour qu'il les compose sur l'affichage en temps réel. Et là je voudrais bien, moi aussi, qu'on m'explique ce qui empêche de prendre le code source de Firefox, et donner au monde une version de Firefox qui enregistre les trames qu'il reçoit après décodage de contenu.
Avatar de Michel Rotta Michel Rotta - Expert éminent https://www.developpez.com
le 16/03/2017 à 8:30
Si l'on regarde bien à l'usage, les DRM ne permettent pas de protéger un contenu contre la copie, il permet d’emmerder ceux qui payent pour voir légalement ce contenu.

Il reste encore beaucoup de lois à faire disparaitre.
Avatar de Stéphane le calme Stéphane le calme - Chroniqueur Actualités https://www.developpez.com
le 21/03/2017 à 16:05
DRM dans HTML5 : la spécification EME franchit une nouvelle étape vers sa normalisation,
malgré l'opposition de nombreux défenseurs des droits numériques

Les extensions de médias chiffrées (EME, Encrypted Media Extensions), qui permettent à une page Web d'inclure du contenu crypté en connectant un système DRM (Digital Rights Management, gestion numérique des restrictions) sous-jacent, a franchi une nouvelle étape dans la voie controversée de sa normalisation. En effet, le W3C, l’organisme de normalisation qui supervise la plupart des spécifications liées au Web, a annoncé que EME en est désormais à la phase de « recommandation proposée ».

Après cette étape, le Comité consultatif du W3C va examiner la proposition et, s’il la trouve correcte, la proposition va enfin faire partie des recommandations de la W3C.

Dans son annonce, la W3C rappelle que « cette spécification ne définit pas un système de protection du contenu ou de gestion des droits numériques. Elle définit plutôt une API commune qui peut être utilisée pour découvrir, sélectionner et interagir avec de tels systèmes ainsi qu'avec des systèmes de cryptage de contenu plus simples. La mise en œuvre de la gestion des droits numériques n'est pas requise pour se conformer à cette spécification : seul le système Clear Key doit être implémenté comme ligne de base commune ».

Depuis que l’organisme a commencé à travailler sur EME, de vives polémiques ont été soulevées. L’Electronic Frontier Foundation (EFF) ainsi que la Free Software Foundation (FSF), les groupes de défense des droits numériques, se sont montrés contre cette proposition. Accompagnés par d’autres associations, ils ont publié une lettre ouverte pour faire entendre leur opposition et ont encouragé à signer une pétition.

L’EFF s’interroge tout d’abord sur l’utilité d’un tel système. Le groupe avance que « les entreprises qui veulent l’EME disent qu'elles en ont besoin pour prévenir la violation des droits d'auteur. Mais, après une longue expérience avec les DRM, il est apparu maintes et maintes fois qu'il n'est pas difficile de contourner ces systèmes. Et une fois qu'une personne trouve comment faire cela, il est possible de télécharger des versions sans DRM de vidéos sur des sites Web où les gens qui veulent violer le droit d'auteur peuvent se rendre [ … ]. Si les DRM servent de prévention de la piraterie, elles ne font pas un très bon travail ».


Mais Tim Berners-Lee, le père du Web qui est à la tête du W3C, organisme qu’il a fondé, a soutenu qu’étant donné que les DRM existent déjà et qu’il est peu probable qu’ils disparaissent dans un avenir proche, au moins du côté des vidéos, il est donc préférable que le contenu protégé fasse partie de l’écosystème Web au lieu d’être séparé de celui-ci.

Il a assuré que, pour presque tous les fournisseurs de vidéos, l’alternative à une DRM dans le navigateur est une DRM comme application autonome. Il a également fait valoir que ces applications autonomes représentent un risque plus important pour la vie privée et la sécurité que l'environnement contraint et sécurisé du Web.

Bien entendu, il a reconnu que les DRM rencontrent des difficultés, notamment en ce qui concerne une utilisation équitable, les travaux dérivés, mais aussi les sauvegardes. Il note cependant qu'un grand nombre de consommateurs ne semblent pas trop préoccupés par ces questions, car ils continuent à acheter ou à souscrire à des contenus protégés par DRM.

Jusqu'à présent, ces préoccupations ont été sensiblement ignorées, car ce sont des problèmes inhérents aux DRM et non des problèmes liés à une spécification particulière. Mettre de côté ces préoccupations est implicite dans la décision de développer la spécification EME en premier lieu.

EME ne définit pas de DRM lui-même. La seule exigence obligatoire est de fournir un système Clear Key (qui utilise des clés en clair) pour déchiffrer du contenu protégé.

Le W3C a répondu à certaines autres préoccupations. En particulier, à cause d’une clause du Digital Millennium Copyright Act (DMCA) des États-Unis, les chercheurs en sécurité craignaient que faire des rapports de bogues concernant les systèmes DRM pût se transformer en poursuite judiciaire si les consortiums estimaient que ces bogues créent la possibilité de contourner la protection DRM.

À cette fin, le W3C développe un ensemble de bonnes pratiques de sécurité pour la divulgation de ces bogues. Ces règles sont conformes aux politiques communes de « divulgation coordonnée », dans lesquelles les entreprises disposent d'un délai raisonnable pour réagir et colmater les failles avant leur divulgation. Elles exigent également que l'entreprise en question ne porte pas plainte contre quiconque divulgue des failles ou coopère dans des enquêtes des forces de l’ordre liées à une telle divulgation.

Si EME n’est pas acceptée comme recommandation complète, la spécification peut par exemple être publiée sous forme d’une note de groupe de travail, une option vers laquelle se tourne la W3C sans former de consensus lorsqu’elle choisit d’abandonner le travail effectué sur une proposition particulière.

Même si la spécification EME est abandonnée, tous les principaux navigateurs (Chrome, Internet Explorer, Edge, Firefox et Safari) utilisent déjà des versions préliminaires et des modules DRM compatibles. D’ailleurs, les sites Web comme Netflix et YouTube peuvent déjà diffuser des vidéos cryptées dans le navigateur sans avoir besoin de plug-ins tels que Silverlight ou Flash.

Source : W3C (recommandation proposée), W3C (meilleures pratiques de divulgation de sécurité)
Avatar de Michael Guilloux Michael Guilloux - Chroniqueur Actualités https://www.developpez.com
le 03/04/2017 à 11:37
DRM dans HTML 5 : la Free Software Foundation appelle ses partisans à dire non
pour maintenir la sécurité et les droits des utilisateurs en ligne

Dans moins de deux semaines, la spécification EME (Encrypted Media Extensions) pourrait recevoir l’approbation finale du World Wilde Web Consortium (W3C). Elle pourra donc faire partie des standards du Web, et ce, en dépit des polémiques autour de cette initiative. Cela pourra avoir pour conséquence de booster la publication de contenu protégé par DRM sur le Web. Si la spécification elle-même ne définit pas de système de protection de contenu ou de gestion de droits numériques, elle définit une API commune qui peut être utilisée pour découvrir, sélectionner et interagir avec de tels systèmes ainsi qu'avec des systèmes de chiffrement de contenu plus simples.

Le 13 avril, nous saurons si la spécification EME sera validée par le W3C, et la Free Software Foundation (FSF) tente donc une dernière fois de freiner son intégration dans les standards du Web. La FSF demande en effet à ses partisans d’appeler Tim Berners-Lee « à ne pas mettre en danger les utilisateurs en intégrant une technologie oppressive dans les standards de base du Web ». Celui qui est à la tête du W3C s’est en fait affiché comme partisan de cette spécification, estimant que les DRM existent déjà et qu’il est peu probable qu’ils disparaissent dans un avenir proche, au moins du côté des vidéos. Il estime donc qu’il est préférable que le contenu protégé fasse partie de l’écosystème Web au lieu d’être séparé de celui-ci. Un standard permettra également d’éviter que chaque navigateur implémente différentes technologies pour la manipulation de contenu protégé par DRM, ce qui créerait des problèmes de compatibilité, en sachant également que l’implémentation de ces technologies pourra ne pas être à la portée des petits navigateurs.


Rappelons-le, les DRM (Digital Rights Management) offrent un ensemble de mesures techniques de protection qui ont pour objectif de contrôler l'utilisation qui est faite des œuvres numériques. Le premier problème avec les fichiers protégés par DRM (vidéos ou ebook par exemple) est donc le fait qu’ils imposent des restrictions aux utilisateurs sur du contenu qu'ils ont acheté et dont ils devraient disposer librement en principe. Les utilisateurs pourront par exemple ne pas être en mesure de les enregistrer sur leur machine, ou encore les lire avec d'autres logiciels, ou en dehors d'une plateforme unique proposée par le fournisseur du contenu. Bref, l'utilisateur ne dispose que d'un usage restreint du contenu qu'il a obtenu légalement, et pendant ce temps, d'autres personnes l'ayant obtenu illégalement pourront l'utiliser sans restriction. En effet, si les DRM visent à protéger les contenus de la piraterie, cet objectif n'est pas vraiment atteint. Les DRM sont très souvent contournés par certaines personnes qui vont ensuite publier les contenus piratés sur des sites pour les rendre disponibles au public.

Comme l’explique encore la FSF, les DRM ont déjà montré qu’ils pourraient exposer les utilisateurs à des risques de sécurité énormes et porter atteinte à leur vie privée. Le défenseur du Libre évoque par exemple le cas du DRM de Sony en 2005. La solution DRM utilisée par Sony pour protéger ses CD installait un rootkit sur le système des utilisateurs. Cet outil utilisant des techniques de dissimulation employées par des hackers permettait de s’assurer en toute discrétion qu’aucune copie n’est réalisable. La FSF rappelle encore que plus récemment, en 2014, il a été découvert que la DRM Digital Editions d’Adobe collectait les informations des utilisateurs et les envoyait à son éditeur en texte clair, sans une protection de chiffrement basique ; ce qui les exposait aux pirates.

La FSF estime donc la spécification EME ne devrait pas être validée par le W3C s’il est impossible d’analyser le code de ses systèmes DRM pour la recherche de problèmes de sécurité ; ce qui sera le cas, si la spécification est validée le 13 avril. Avec cette norme, les DRM seront en effet couverts par des lois anticontournement qui qualifient de crime potentiel, la révélation des défauts dans les produits sans l’autorisation de l’éditeur. Ces lois stipulent que « nul n’est autorisé à contourner une mesure technologique qui contrôle l’accès à une œuvre protégée », en précisant que « contourner une mesure technologique signifie déchiffrer une œuvre chiffrée ou procéder autrement pour éviter, contourner, désactiver ou altérer une mesure technologique, et ce, sans l’autorisation du propriétaire du copyright ».

La FSF estime donc que si cette API est ajoutée aux outils dont disposent les développeurs Web, il faudrait nécessairement inclure des protections pour les personnes qui découvrent des vulnérabilités de sécurité. Ces protections devraient couvrir aussi « les personnes qui adaptent les outils Web pour les personnes handicapées et les personnes qui créent de nouvelles technologies légitimes et novatrices pour améliorer les vidéos sur Internet ».

Source : Defective by Design

Et vous ?

Qu’en pensez-vous ?
Êtes-vous d'accord avec l'intégration de cette spécification dans les standards du Web ? Pourquoi ?

Voir aussi :

Le W3C refuse de protéger les chercheurs en sécurité qui étudient les DRM, la WHATWG s'allie à l'EFF pour lui demander de changer d'avis
USA : la justice a publié une liste d'exceptions à la section 1201 du Copyright Act, pour protéger les chercheurs qui étudient la sécurité des DRM
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