Scandale Volkswagen : un ingénieur derrière le logiciel pour fausser les résultats des tests antipollution plaide coupable
Et décide de coopérer

Le , par Stéphane le calme, Chroniqueur Actualités
Vendredi dernier, un nouvel élément dans l’affaire de la fraude du test d’émission de gaz qui a frappé le constructeur automobile Volkswagen a fait surface : un ingénieur de l’entreprise a plaidé coupable dans son rôle pour tromper le gouvernement américain ainsi que les consommateurs pendant près d’une décennie sur la quantité réelle d’émission de gaz de certains modèles. James Robert Liang, l’homme de 62 ans qui a admis avoir développé un logiciel qui a permis de fausser les résultats des tests, a décidé de coopérer avec la justice.

Pour rappel, pour obtenir le droit de commercialiser un véhicule, tout constructeur doit se soumettre à une batterie de tests, destinés à mesurer le niveau d’émission de composants polluants. Pour cela, le véhicule est utilisé selon des critères précis, qui permettent d’établir les niveaux exacts d’émission de particules : si ces derniers sont trop élevés, l’autorisation de commercialisation n’est pas délivrée.

Selon ses déclarations, de 1983 à mai 2008, Liang travaillait dans le département de développement diesel à Wolfsburg (Allemagne). Il a reconnu qu’au début de 2006, lui et ses co-conspirateurs ont commencé à travailler sur un nouveau moteur « EA 189 » pour les ventes aux États-unis. Lorsque lui et ses co-conspirateurs ont découvert qu’ils ne pourraient pas concevoir un moteur diesel qui respecterait la norme d’émission américaine, pour contourner le problème, ils ont décidé de développer un logiciel qui reconnaîtrait lorsqu’il est en situation de test ou tout simplement en route afin de frauder le test d’émission de gaz.

Pour fausser les résultats des normes antipollution, un algorithme était installé dans l’unité de commande électronique des Volkswagen dont le but était de détecter automatiquement, et donc sans intervention humaine, à quel moment le véhicule était soumis à un test de mesures d’émission de gaz par les autorités compétentes. Pour ce faire, il analysait certains paramètres qui étaient identiques à la procédure des tests en laboratoire : position du volant, pression barométrique, capot ouvert, vitesse du véhicule, etc. Ces différentes phases étant normalisées, il était aisé de concevoir un logiciel qui saurait les reconnaître.

Par la suite, en mai 2008, Liang s’est déplacé aux États-Unis pour participer au lancement des moteurs Volkswagen « clean diesel » sur le marché américain. Des employés de Volkswagen et de sa succursale américaine ont rencontré les membres de l’EPA et de la California Air Ressources Board (CARB) pour chercher les certifications requises pour vendre sur le marché américain. Liang a admis que, durant certaines de ces réunions auxquelles il a assisté personnellement, ses co-conspirateurs ont menti sur le fait que les véhicules diesel de Volkswagen étaient conformes aux normes américaines et ont caché la présence du dispositif visant à frauder les tests aux régulateurs américains.

Dans le cadre du processus de certification pour chaque nouveau modèle année après année, notamment des modèles sur les années 2009 à 2016, les co-conspirateurs ont continué à certifier frauduleusement à l’EPA et au CARB que les véhicules diesel Volkswagen étaient conformes aux normes américaines sur les émissions de gaz et aussi conformes à la loi sur l'assainissement de l'air. Liang a admis que pendant ce temps, lui et ses co-conspirateurs savaient que Volkswagen commercialisait ses véhicules diesel au public américain comme étant « diesel clean » et respectueux de l'environnement tout en faisant la promotion d’une économie de carburant accrue que les consommateurs allaient réaliser s’ils se décidaient à acheter. Liang et ses co-conspirateurs savaient que ces affirmations étaient fausses et que les véhicules diesel de Volkswagen n’étaient pas « clean diesel ».

Il a également admis qu’après la découverte du pot aux roses par une étude indépendante fin 2015 qui a montré que le taux d’émission d’oxydes d’azote pouvait être 10, voire 40 fois plus élevée que les niveaux de conformité de l’EPA, il a continué d’aider ses co-conspirateurs à mentir à l’EPA, au CARB et aux clients Volkswagen.

Liang risque jusqu’à cinq ans d’emprisonnement pour son rôle dans cette affaire où il est accusé de « complot en vue de frauder les États-Unis ». Cependant, en coopérant avec les forces de l’ordre, sa peine peut être réduite.

Source : décision de justice

Voir aussi :

L'un des plus grands ingénieurs d'Apple, maintenant à la retraite, refusé à un poste de technicien dans un Apple Store à cause de son âge ?

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Avatar de RyzenOC RyzenOC - Membre extrêmement actif https://www.developpez.com
le 12/09/2016 à 21:33
Les patrons sont épargnés, le pauvre ingénieur qui (doit) faire ce qu'on lui demande sans poser de question on l’arrête..
elle est belle la justice.
Avatar de TiranusKBX TiranusKBX - Expert confirmé https://www.developpez.com
le 13/09/2016 à 3:59
@sazearte étant donné que de nos jours la répartition des richesses est dans la même proportion qu'au temps de l'ancien régime forcément quand tu à un gros chéquier tu peut t'acheter une virginité
Avatar de LSMetag LSMetag - Membre expert https://www.developpez.com
le 13/09/2016 à 11:15
Citation Envoyé par sazearte Voir le message
Les patrons sont épargnés, le pauvre ingénieur qui (doit) faire ce qu'on lui demande sans poser de question on l’arrête..
elle est belle la justice.
Le patron n'est pas épargné. Il est patron donc au minimum "responsable" et condamnable pénalement et civilement. Et la firme en prends un coup également niveau réputation et finances.
Avatar de yoyo3d yoyo3d - Membre confirmé https://www.developpez.com
le 13/09/2016 à 11:21
Ce que je trouve toujours aussi aberrant c'est le fait de se contenter "Avant Commercialisation" de la bonne fois des constructeurs... on est en 2017 et il faut attendre 10 ans avant de voir une enquête indépendante mettre à jour une escroquerie de cette ampleur...
entre les pots de vins, les lobby, les secrets d'état... etc faut vraiment avoir besoin d'une caisse "zero émission" pour aller acheter du bœuf transgénique certifié bio ou de médicaments garanties "sans effets secondaires"
Avatar de LinkinGarviel LinkinGarviel - Nouveau membre du Club https://www.developpez.com
le 14/09/2016 à 14:46
@LSMetag Ah bon ben c'est bon alors, les chefs ont une amende et les autres de la prison... Un raisonnement infaillible
Avatar de Jarodd Jarodd - Membre expérimenté https://www.developpez.com
le 16/09/2016 à 12:42
La question est trop générale pour qu'on puisse y répondre par oui ou non.
Perso je suis plus favorable à l'analyse du code par une autorité compétente et qui fait concensus, à qui on peut donner confiance. Par exemple un groupement international de chercheurs, ou l'ANSSI en France (qui a déjà audité des programmes et conseille - ou pas - leur utilisation).
Cela permet de savoir si un logiciel est de qualité, ou s'il est biaisé, sans pour autant mettre le code à la vue de tous. Et s'il un problème est détecté, l'autorité peut pousser à sa résolution, quitte à faire remonter l'info aux autorités, ou menacer d'agir en justice, avant que cela crée un scandale à la VW.
L'open source n'a pas vocation a être imposé, c'est un choix de l'éditeur, et il faut le respecter, ensuite à chacun d'utiliser ou pas ce logiciel en fonction de ses principes.
Avatar de Grogro Grogro - Membre extrêmement actif https://www.developpez.com
le 16/09/2016 à 13:28
Et les autres constructeurs qui ont implémenté les mêmes types de logiciels truqueurs ? Circulez y'a rien à voir ?

Ah oui c'est vrai, c'est VW qui était en train de piquer la place de n°1 mondial à General Motors.
Avatar de Saverok Saverok - Expert éminent https://www.developpez.com
le 16/09/2016 à 14:57
Citation Envoyé par Grogro Voir le message
Ah oui c'est vrai, c'est VW qui était en train de piquer la place de n°1 mondial à General Motors.
GM a perdu sa place de n°1 mondial au profit de Toyota depuis plusieurs années déjà
Avatar de marsupial marsupial - Membre émérite https://www.developpez.com
le 21/09/2016 à 15:24
Citation Envoyé par Jarodd Voir le message
La question est trop générale pour qu'on puisse y répondre par oui ou non.
Perso je suis plus favorable à l'analyse du code par une autorité compétente et qui fait concensus, à qui on peut donner confiance. Par exemple un groupement international de chercheurs, ou l'ANSSI en France (qui a déjà audité des programmes et conseille - ou pas - leur utilisation).
Cela permet de savoir si un logiciel est de qualité, ou s'il est biaisé, sans pour autant mettre le code à la vue de tous. Et s'il un problème est détecté, l'autorité peut pousser à sa résolution, quitte à faire remonter l'info aux autorités, ou menacer d'agir en justice, avant que cela crée un scandale à la VW.
L'open source n'a pas vocation a être imposé, c'est un choix de l'éditeur, et il faut le respecter, ensuite à chacun d'utiliser ou pas ce logiciel en fonction de ses principes.
De toutes les manieres, je ne pense pas qu un consommateur lambda qui ne comprendra pas ce que veut dire code source ira mettre le nez dedans. Je pensais a des associations non gouvernementales pour eviter la pression de quelconque lobby rendant un avis.
L exemple des routeurs CISCO a la faille 0-day donne matiere a reflechir, sachant que le gouvernement francais a commande pour 3.7 milliards de CISCO en echange de 100 millions de formation.
Avatar de Michael Guilloux Michael Guilloux - Chroniqueur Actualités https://www.developpez.com
le 10/11/2016 à 9:42
Scandale Volkswagen : les avocats des clients réclament 175 millions $
et estiment que c'est le plus petit montant jamais demandé dans un cas de plusieurs milliards

À propos des procès à rebondissements dans le domaine de technologie (Apple vs Samsung ou Google vs Oracle), de nombreuses personnes sur ce site ont eu plusieurs fois à dire qu’en fin de compte, ce sont les avocats qui sont les vainqueurs, et ils n’ont peut-être pas tort. Le scandale Volkswagen pourrait fournir la preuve que les avocats s’en sortent bien dans ces gros procès dans l’industrie de la technologie.

Pour le cas Volkswagen, il faut rappeler que le constructeur automobile a été confronté à la justice américaine après un scandale qui a éclaté en septembre 2015. Depuis 2009, Volkswagen a doté ses moteurs de modèles 2.0 L et 3.0 L de logiciels pour fausser le résultat des tests antipollution. Ce n’est qu’en 2015 que la supercherie a été mise au jour. Les enquêteurs ont découvert que les véhicules émettaient des oxydes d’azote, 40 fois plus que le taux règlementaire aux États-Unis. Le ministère de la Justice américaine a alors ouvert une enquête pénale, alors que les propriétaires de véhicules ont lancé un recours collectif.

Volkswagen a reconnu avoir truqué les tests. Après des mois de négociations avec la justice américaine, la société a promis en juin dernier des compensations pour les propriétaires de véhicules concernés. Le montant a été fixé à 10,03 milliards $ plus 4,7 milliards pour compenser le préjudice écologique et pour investir dans la technologie verte dans le secteur automobile.

Fin octobre, le plan d’indemnisation proposé par le constructeur automobile a été validé par la justice américaine, et c’est donc le moment pour les avocats de réclamer leurs honoraires. Le mardi 8 novembre, un groupe de 21 avocats travaillant pour le compte des propriétaires de voitures concernées, a adressé une note au juge de district Charles Breyer qui a supervisé l’affaire, pour réclamer une somme de 175 millions $ répartie entre honoraires (167 millions $) et coûts (8 millions $).

Essayant de justifier cette somme, Elizabeth Cabraser, leader du groupe d’avocats, affirme que cela représente moins de 2 % de ce que vont gagner leurs clients et qu’en plus, il s’agit du plus petit montant jamais réclamé par des avocats dans une affaire de plusieurs milliards de dollars. « Le total des honoraires et coûts ... représente l'équivalent de moins de 2 % de l'avantage monétaire accordé pour le recours collectif, bien en deçà de la référence dans ce Circuit et bien en deçà de l'indemnité moyenne des gros arrangements excédant 1 milliard de dollars », écrit Elizabeth Cabraser, avant de préciser que les frais réclamés « sont les plus bas jamais demandés dans un cas de plusieurs milliards de dollars ».

En plus des travaux typiques tels que la rédaction de plaintes et le travail avec des experts, Elizabeth Cabraser a fait remarquer les tâches accomplies les avocats étaient bien plus complexes et incluaient « l’examen, l’analyse et la classification de plus de 12 millions de pages de documents produits par Volkswagen, dont beaucoup étaient de nature hautement technique et nécessitaient une traduction de l’Allemand ».

Ce montant devrait être partagé entre 21 avocats y compris Cabraser, mais il faudra d’abord avoir l’approbation du juge Charles Breyer, avant qu'il soit payé. Il faut également noter que les avocats avaient initialement prévu de réclamer 324 millions $, avant d’abandonner cette idée. Ce n’est pas non plus le seul groupe d’avocats qui réclame des frais pour le cas Volkswagen. Le mardi, un autre cabinet d’avocats a déposé une requête pour réclamer plus de 155 000 $ en honoraires et dépenses pour avoir travaillé sur le dossier pour le compte de 211 clients au début de l’affaire. L'avocat de Volkswagen Robert Giuffra a également déposé une note selon laquelle six cabinets d'avocats avaient demandé de tels privilèges pour avoir travaillé pour environ 1300 consommateurs dans 48 États.

Sources : The National Law Journal, Motion d'Elizabeth Cabraser

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